Enquêtes linguistiques

On et l'on ?

avril 2004

(L')on rencontre souvent, au lieu du pronom on, la variante l'on. D'où vient ce l apostrophe et dans quel contexte faut-il l'utiliser ?

Il faut savoir que notre pronom indéfini on, qui se comporte souvent comme un véritable pronom personnel, est à l'origine un nom commun, de même origine que le nom homme. Le nom latin homo (" homme, être humain ") et sa forme accusative hominem se sont transformés respectivement en on et en homme en ancien français. À noter qu'un phénomène analogue s'est produit dans d'autres langues : en allemand, les mots Mann ("homme") et man ("on") ont une origine commune.

Le l apostrophe de l'on n'est pas à l'origine une consonne euphonique, mais l'article défini : l'on était synonyme de l'homme en général. Au fil des siècles, ce nom on s'est transformé en véritable pronom indéfini (désignant un individu non déterminé) et son article défini est devenu facultatif. Cette évolution pourrait se schématiser avec ces trois exemples :

L'homme est bien peu de chose.
L'on est bien peu de chose.
On est bien peu de chose.

Dès le XVIIe siècle, la forme l'on n'était plus qu'une variante facultative de on. Aujourd'hui, cette survivance de l'ancien français se maintient surtout dans des contextes où elle joue un rôle euphonique.

Voici ce que recommandent les grammaires modernes.

1. L'on est préférable à on

a) Quand cela permet d'éviter un hiatus (suite de deux voyelles phonétiques). Le cas se présente notamment après ces mots : et, ou, où, qui, quoi, si.

C'est un retour aux sources, si on veut. (si on : hiatus)
C'est un retour aux sources, si l'on veut. (préférable)

b) Après le mot que, pour éviter la syllabe malsonnante qu'on.

Il faut assumer ce qu'on dit. (qu'on : malsonnant)
Il faut assumer ce que l'on dit. (préférable)

Cette recommandation vaut surtout quand cette syllabe qu'on est elle-même suivie d'un verbe commençant par con- ou com-.

Ce qu'on conçoit bien s'énonce clairement. (qu'on con- : malsonnant)
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. (préféré... par Boileau !)

2. À l'inverse, on est préférable à l'on

a) Quand on est suivi d'un mot commençant par l, pour éviter une allitération (répétition d'une même consonne).

On se cultive quand l'on lit beaucoup. (l'on lit : allitération)
On se cultive quand on lit beaucoup. (préférable)

Cela demeure vrai dans les cas présentant un hiatus. Cet hiatus est un moindre mal que l'allitération.

C'est une famille où l'on lit beaucoup. (l'on lit : allitération)
C'est une famille où on lit beaucoup. (où on : hiatus, mais préférable)

b) Après dont. La suite dont on (le t se prononce en faisant la liaison) est préférable à dont l'on.

C'est un roman dont l'on dit beaucoup de bien. (dont l'on : à éviter)
C'est un roman dont on dit beaucoup de bien. (préférable)

Ces règles sont plus ou moins bien respectées et ne sont nullement obligatoires, mais elles sont recommandées dans un français soigné.

Plusieurs auteurs utilisent l'on dans d'autres contextes, des contextes où l'euphonie n'est pas en cause, notamment en début de phrase : L'on ne saurait mieux dire. Ces emplois, qui se rencontrent surtout dans un style recherché, littéraire ou archaïque, pourront sembler affectés selon le contexte. C'est une affaire de jugement et de bon goût.

En résumé

Ce l'on, c'est selon.
Selon le style.
Le style, c'est l'homme.
Et l'homme, c'est l'on !

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