Numéro 16, 30 août 2003
Deux anglicismes latinos : i.e. et e.g.
On rencontre de plus en plus souvent dans des textes
français les mystérieuses abréviations i.e. et e.g.,
utilisées respectivement au sens de
« c'est-à-dire » et de « par
exemple ». Des exemples à suivre, est-ce à dire ?
Cette pratique, récente en français, trahit
l'influence de l'anglais, langue qui emploie couramment et depuis
longtemps ces latinismes. En effet, ce sont deux locutions latines qui se
cachent derrière ces lettres : i.e. est l'abréviation de id est
(« c'est-à-dire »), tandis que e.g. abrège exempli gratia (« par exemple »).
En anglais, ces abréviations sont devenues de
véritables sigles lexicalisés. L'anglophone qui les lit ne
prononce habituellement pas la forme développée (qu'il
ignore souvent), mais les épelle plutôt comme des sigles : i.e. est prononcé « eye ee »
et e.g. est prononcé
« ee gee ».
Parfois le lecteur anglophone prononcera plutôt
l'expression anglaise équivalente : i.e. sera alors prononcé « that is (to
say) » et e.g. sera
prononcé « for example ». Dans cette façon
de faire, on pourrait dire que i.e.
et e.g. jouent une fonction de
symbole plutôt que de sigle ou d'abréviation.
Outre les problèmes de prononciation, ces deux
expressions causent des problèmes d'écriture et de typographie
en anglais. Il y a plusieurs façons concurrentes de les écrire,
avec ou sans points et espace (i. e., i.e., ie., ie), en caractères romains ou en italiques, et
nos amis anglophones se disputent encore pour savoir si elles devraient
être toujours suivies ou non d'une virgule dans la phrase.
Plus grave, elles causent aussi des problèmes de
compréhension, et ce, chez les anglophones eux-mêmes. Ils
commettent souvent l'erreur d'utiliser l'une au sens de
l'autre, ce qui peut occasionner de fâcheuses équivoques.
Importer ces expressions en français, ce serait
importer des problèmes similaires. Problèmes inutiles, puisque
l'on dispose déjà de deux abréviations bien
françaises, au sens bien transparent. Dans un texte français, il
n'y a aucune raison de ne pas utiliser les expressions
« c'est-à-dire » et « par
exemple » ou leur abréviation respective :
- l'abréviation « c.-à-d. », qui se
prononce « c'est-à-dire »
- l'abréviation « p. ex. », qui se prononce
« par exemple »
C'est le propre de toute abréviation que de se
prononcer comme la forme développée. Si la forme courte se
prononçait différemment, il ne s'agirait plus d'une
abréviation au sens strict, mais d'un autre type de forme
abrégée (troncation, sigle, acronyme, symbole).
Comme « c.-à-d. » et
« p. ex. » ne sont pas des abréviations latines,
elles ne se composent pas en caractères italiques mais en
caractères romains (droits).
L'Office québécois de la langue
française recommande d'utiliser ces abréviations
françaises au lieu des anglo-latinismes i.e. et e.g.
C'est aussi la position adoptée par Druide informatique et son
logiciel Antidote, dont le module correcteur alerte le scripteur qui laisse
échapper un i.e. ou un e.g. malencontreux, qu'il peut remplacer
automatiquement par l'équivalent français.
Pour conclure, rappelons le principe général
voulant qu'une abréviation ne soit utilisée que si le
manque d'espace le justifie.