Inuit, taliban et autres pluriels empruntés
30 juin 2007
Un utilisateur d'Antidote s'interroge :
« Dans la langue des Inuits, l'inuktitut, le mot Inuit désigne plus
d'une personne. On dit un
Inuk, des
Inuit. L'Office québécois de la langue française suggère
qu'une fois importés dans la langue française, les mots étrangers
prennent l'accord selon les règles de la langue française. Donc, on
dirait des Inuits.
Mais plusieurs s'opposent à cet accord en raison de la nature plurielle
de ce mot dans sa langue d'origine. Alors, selon vous, est-ce qu'on
doit écrire des Inuits
ou des Inuit ? »
Le fait que le mot français singulier Inuit soit en fait
un pluriel dans sa langue d'origine (pluriel de Inuk) n'est pas un
cas exceptionnel. Ce phénomène se produit parfois, notamment quand un
mot est surtout employé au pluriel au moment d'être emprunté par le
français. La forme
plurielle étrangère en vient à être utilisée aussi bien pour le
singulier que pour le pluriel en français. Les francophones en viennent
aussi à écrire
ces mots en leur ajoutant
un s
au pluriel, même si cette marque du pluriel peut sembler redondante
pour une
personne qui connait la langue
d'origine du mot. Voici quelques exemples d'emprunts de ce
type :
| langue |
singulier |
pluriel |
singulier
et pluriel français |
|
|
|
|
| inuktitut |
Inuk |
Inuit |
un
Inuit, des Inuits |
| arabe |
talib |
taliban |
un
taliban, des talibans |
| hébreu |
kerub |
kerubim |
un
chérubin, des chérubins |
| italien |
confetto |
confetti |
un
confetti, des confettis |
| latin |
medium |
media |
un
média, des médias |
| suédois |
drake |
drakkar |
un
drakkar, des drakkars |
Cette francisation va d'ailleurs dans le sens des
propositions de rectifications
de l'orthographe. Voici un extrait du texte
officiel de ces recommandations :
II. - Règles. [...] 7. Singulier et pluriel des mots
empruntés : les noms ou adjectifs d'origine étrangère ont
un singulier et un pluriel réguliers : un zakouski, des zakouskis ; un ravioli, des raviolis ; un graffiti, des graffitis ; un confetti, des confettis ; un scénario, des scénarios ; un jazzman, des jazzmans, etc. On choisit comme forme du singulier la forme la plus fréquente, même s'il s'agit d'un pluriel dans sa propre langue.
Ces mots forment régulièrement leur pluriel avec un s non prononcé (exemples : des matchs, des lands, des lieds, des solos, des apparatchiks). Il en est de même pour les noms d'origine latine (exemples : des maximums, des médias). [...]
Antidote, qui est doté de réglages relatifs aux
rectifications de l'orthographe, connait la liste complète des mots
touchés par ces rectifications.
Pour revenir au mot Inuit, signalons
que la position de l'Office québécois de la langue
française a évolué sur cette question. Voici l'historique de ses
recommandations :
| Avant 1993 : |
un
Inuk, des Inuit |
|
une
Inuk, des Inuit |
|
L'adjectif inuit est
invariable en genre et en nombre. |
| En 1993 : |
un
Inuit, des
Inuits |
|
une
Inuite, des
Inuites |
|
L'adjectif inuit reste
invariable en genre et en nombre. |
| En 1995 : |
L'adjectif inuit devient à son
tour variable en genre et en nombre (ex. : les populations inuites). |
On voit que l'évolution s'est faite dans le sens
de la
francisation de la flexion, où le féminin et le pluriel suivent les
règles habituelles du français dans tous les cas.
Le français ne peut pas importer toutes les règles
de flexion des
langues étrangères. Il n'est pas incorrect pour les spécialistes
d'utiliser des formes plus « savantes », mais on ne
peut pas
exiger de tous les
locuteurs français de maitriser ces règles. C'est pourquoi, tout comme
les rectifications de l'orthographe et
l'Office québécois de la langue française, nous recommandons de
privilégier la flexion francisée (un
Inuit/des
Inuits, une
Inuite/des
Inuites). Elle a l'avantage de la clarté et de
la simplicité.