Quelle préposition porter cette saison ?
19 décembre 2008
Pourquoi dit-on en hiver, mais au printemps ?
Peut-on dire à l’hiver
ou en printemps ?
À première vue, le choix des prépositions avec les
noms
des saisons pour former des compléments adverbiaux de temps
peut sembler assez arbitraire. On peut
toutefois dégager certaines tendances.
Aspect duratif
Lorsque la saison est considérée comme un
intervalle de temps à l’intérieur duquel a lieu l’évènement
dont on parle (que cet évènement soit vu comme ayant une durée
ou non), on a le choix entre plusieurs
prépositions : durant,
pendant,
en
et dans.
Avec les deux premières, les quatre noms de saisons se comportent
régulièrement :
Durant
le printemps, il a épousé sa dulcinée.
Pendant l’été, la région grouille de touristes.
Durant l’automne, le président a été réélu.
Pendant l’hiver, elle
a rédigé sa thèse.
Avec
la préposition
en,
on aurait en principe ces formes :
en
le printemps
en l’été
en l’automne
en l’hiver
Mais
ici intervient une règle qui vaut pour certains types de compléments
adverbiaux. En français moderne, selon le genre et l’initiale du nom
N,
la combinaison de la préposition
en
et du déterminant défini (
l’,
le,
la,
les)
est remplacée ainsi :
en
l’N -> en N
en la N -> en N
en le N -> au N1
en les N
-> aux N
Par exemple, cette règle vaut
généralement avec les noms de
pays :
en
l’Arménie, en l’Uruguay -> en Arménie, en Uruguay
en la Roumanie -> en Roumanie
en le Paraguay -> au Paraguay
en les Pays-Bas, en les Maldives -> aux Pays-Bas, aux Maldives
Si
on applique cette règle à nos noms de saisons, on
obtient :
en
l’été, en l’automne, en l’hiver -> en été, en automne, en hiver
en le printemps -> au printemps
Cela
explique pourquoi le tour
en
printemps est plutôt inusité, tout comme
en Paraguay.
En reprenant nos phrases exemples de
ci-dessus, on obtient :
Au
printemps, il a épousé sa dulcinée.
En été, la région grouille de touristes.
En automne, le président a été réélu.
En hiver,
elle
a rédigé sa thèse.
Quant
à la préposition
dans,
elle s’emploie surtout quand le nom de la saison est
accompagné d’un élément subordonné (épithète, complément) :
Dans
l’automne qui a suivi, le
président a été réélu
Outre
les prépositions mentionnées, ajoutons que
l’on peut aussi se passer carrément de préposition pour exprimer
l’aspect duratif :
Le
printemps, il a épousé sa dulcinée.
L’été, la région grouille de touristes.
L’automne, le président a été réélu.
L’hiver, elle a rédigé sa thèse.
Dans
l’usage, on constate que les deux noms
printemps et
automne s’emploient
moins fréquemment ainsi, sans préposition, sauf s’ils sont
accompagnés d’un élément subordonné :
Le
printemps dernier, il a épousé sa dulcinée.
L’automne qui a suivi, le président a été réélu.
Remarquons
que l’aspect duratif peut parfois se doubler d’un aspect répétitif. Par
exemple, l’expression
en
été ou
l’été
peut, selon le contexte, signifier « durant cet
été-là » ou bien « durant chaque été, durant tous les
étés ». L’aspect répétitif est présent dans nos exemples
estivaux ci-dessus, où il est question de la région grouillante de
touristes.
Aspect ponctuel
Lorsque la saison n’est pas considérée comme un
intervalle, mais plutôt
comme un point sur l’axe du temps (aspect ponctuel), la préposition à peut en principe
être employée :
à
le printemps -> au printemps
à l’été
à l’automne
à l’hiver
Avec
printemps,
la
préposition
au
est ici la contraction normale de la préposition
à et du déterminant
défini
le.
Voici des
exemples
d’emplois ponctuels plutôt que duratifs :
À
l’automne, les touristes ont déserté la région.
À l’hiver, sa thèse n’était pas commencée.
Ici,
à l’automne
et
à l’hiver
signifient respectivement « au moment où arrive
l’automne » et « au moment où arrive
l’hiver »
plutôt que
« durant
l’automne » et « durant
l’hiver ».
En
pratique, on constate encore ici une différence de fréquence
entre les couples été/hiver et printemps/automne :
ces
constructions avec à
sont moins
courantes avec
les noms été
et hiver.
On les trouve néanmoins sous la plume de bons auteurs.
Dans
certains contextes, la distinction entre aspect duratif et aspect
ponctuel n’est pas
clairement tranchée et, en pratique, l’usage
ne respecte pas
toujours les tendances2 décrites ci-dessus, mais
celles-ci devraient
vous guider dans le maniement de ces prépositions en toute saison.
1. On explique parfois le passage de en le vers au par le fait que, en ancien français, en le se contractait en ou, mot qui aurait plus tard été confondu avec au (contraction de à le).
2. Voici deux articles pour en
savoir plus :
— MOLINIER, Christian. « Les quatre saisons : à propos d’une classe d’adverbes temporels », Langue française, no 86, mai 1990, p. 46-50.
— OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE, En été ou à l’été, Banque de dépannage linguistique, 2002.