Ce qui ou ce qu'il ?
28 février 2010
Laquelle
de ces deux tournures faut-il préférer : ce qui m'arrive
ou ce qu'il
m'arrive ?
Dans ce genre de construction, comme le mentionne
l'article des guides d'Antidote
consacré à la confusion entre qui
et qu'il,
le verbe arriver
peut être
utilisé de façon aussi bien personnelle qu'impersonnelle.
Dans l'emploi personnel, l'action exprimée par le
verbe arriver
est faite par un nom ou un pronom qui peut être repris par le
pronom relatif qui :
Une malchance m'arrive.
La malchance qui m'arrive.
Ce qui m'arrive.
Dans l'emploi impersonnel, on utilise le pronom
impersonnel il,
ainsi appelé car il ne représente rien de précis, le sujet réel du
verbe étant placé ailleurs dans la phrase. Dans cet emploi, les formes
équivalentes des
trois exemples précédents seront construites ainsi :
Il m'arrive une malchance.
La malchance qu'il m'arrive.
Ce qu'il m'arrive.
Avec un antécédent nominal, l'emploi personnel (la malchance qui m'arrive)
est plus fréquent que l'emploi impersonnel (la malchance qu'il m'arrive).
Avec le pronom ce
comme antécédent, les deux emplois sont fréquents : ce qui m'arrive ou ce qu'il m'arrive.
Quant à la tournure à préférer avec ce verbe,
c'est surtout une question de gout, de sensibilité. La tournure
personnelle est plus simple et directe que l'impersonnelle, qui peut donner la
vague impression de faire intervenir une troisième entité (le
Destin ?) entre ce
et moi :
la malchance qu'« il » m'a destinée...
Outre arriver,
il existe quelques verbes, comme rester,
plaire
ou advenir,
qui permettent les deux constructions (ce qui reste ou ce qu'il reste).
Dans le cas de plaire,
les deux emplois ne sont pas interchangeables dans tous les contextes. On
peut
avoir des constructions personnelles de ce type :
Cette robe me plait.
Je porte la robe qui me plait.
Je porte ce qui me plait.
Mais l'équivalent impersonnel du premier exemple
n'est pas permis :
*Il me plait cette robe.
Toutefois, l'emploi impersonnel est permis
dans la construction plaire
de suivie d'un verbe, ainsi que dans les constructions
dérivées :
Il me plait de porter cette robe.
Je porte la robe qu'il me plait (de porter).
Je porte ce qu'il me plait (de porter).
Dans les deux derniers exemples, le segment entre parenthèses peut être
omis, car le verbe
porter
alors sous-entendu se trouve par ailleurs en début de phrase.
Quant aux
autres verbes, la plupart d'entre eux ne se prêtent qu'à l'emploi
personnel :
Une pilule me guérira.
La pilule qui me guérira.
Ce qui me guérira.
Avec ces verbes, les constructions impersonnelles
suivantes sont interdites :
*Il me guérira une pilule.
*La pilule qu'il me guérira.
*Ce qu'il me guérira.
Inversement, quelques verbes, comme falloir, se
construisent toujours avec le mode impersonnel :
Il me faudra une voiture.
La voiture qu'il me faudra.
Ce qu'il me faudra.
Avec ces verbes, les constructions
personnelles suivantes sont interdites :
*Une voiture me faudra.
*La voiture qui me faudra.
*Ce qui me faudra.
L'hésitation qu'on peut parfois éprouver au moment
de choisir entre ce qui
et ce qu'il
s'explique en
partie par le fait que la consonne l
du pronom il
est souvent escamotée à l'oral, ce qui rend alors les deux
constructions identiques à l'oreille.
En conclusion, pour revenir au verbe arriver de la
question initiale, l'on peut donc faire ce qui nous plait ou... ce
qu'il nous plait !