Questions multiples sur multi-
30 juin 2010
Le préfixe multi-,
qui nous vient du latin et qui signifie « nombreux », entre dans la
composition de multiples mots français : des adjectifs (multicolore, multibrin), des
noms (multipartisme,
multimillionnaire),
des verbes (multidiffuser).
On hésite parfois sur la façon d'écrire ou d'accorder ces mots. Voici
les questions les plus fréquentes à leur sujet.
1. Trait d'union
ou soudure ?
Ce préfixe latin, qui n'est pas un mot autonome en
français, doit
être soudé (« collé ») à ce qui suit, comme dans les exemples
mentionnés ci-dessus. Ce principe est généralement bien suivi avec les
mots installés depuis longtemps dans le lexique, tel l'adjectif multicolore.
En revanche, il y a certains cas où l'on constate
que l'usage est plus fluctuant.
Par
exemple, si le mot est d'usage relativement récent ou que l'élément qui
suit le préfixe est un nom qui existe par ailleurs de façon autonome,
on peut être tenté d'insérer un trait d'union pour bien délimiter les
parties du mot et faciliter sa compréhension. Mais il ne faut pas
hésiter à souder :
Une
architecture multicouche plutôt que
multi-couche.
Un système multiprocesseur plutôt que
multi-processeur.
Un jeu vidéo multijoueur
plutôt que multi-joueur.
L'usage est particulièrement flottant quand le
préfixe multi-
est suivi d'une voyelle, notamment la voyelle i. Là encore, nous
recommandons d'appliquer le principe général et de souder le
préfixe :
Un quartier multiethnique plutôt
que multi-ethnique.
Un système multiutilisateur plutôt que
multi-utilisateur.
Un multiinstrumentiste doué plutôt que multi-instrumentiste.
Il est vrai qu'avec des préfixes se terminant par
la voyelle a
ou o,
suivie de la voyelle u
ou i,
on utilise parfois un trait d'union pour indiquer que la suite de
voyelles se prononce de façon disjointe (intra-utérin, auto-immun) et non
pas de façon conjointe (comme dans haut
et toi).
Un tel trait d'union est inutile avec notre préfixe multi-, car une
suite de voyelles commençant par i
ne présente pas d'ambigüité de prononciation.
2. Un appareil multifonction
ou multifonctions ?
Puisque le préfixe multi-
renferme une valeur de pluralité, on peut avoir le réflexe
compréhensible d'ajouter la marque du pluriel à la fin d'un
mot
commençant par ce préfixe même quand on l'emploie au singulier. Par
exemple, on peut être tenté
d'écrire un appareil
multifonctions, avec un s, puisque cet
appareil offre plusieurs fonctions. Ce réflexe concerne surtout les
mots dont
le deuxième élément, comme fonction,
existe par ailleurs comme nom français autonome. Toutefois, pour les
mots de ce type, la tendance générale des
dictionnaires et ouvrages de référence récents est de donner le
singulier sans marque du pluriel et le pluriel
avec la marque du pluriel :
Un appareil multifonction, des
appareils multifonctions.
Un revêtement multicouche, des revêtements multicouches.
Une version multiposte, des versions multipostes.
Certains dictionnaires, dont celui de l'Académie française,
appliquent systématiquement ce principe, qui est conforme à la règle
générale de formation du singulier et du pluriel en français. D'autres
dictionnaires, tout en respectant très généralement ce principe,
recensent
un petit nombre de cas pour lesquels ils permettent — ou même
exceptionnellement
exigent — un
s
final au
singulier. Ces exceptions peuvent s'expliquer par
l'observation de l'usage réel ; pour certains mots, la forme avec un
s au singulier
semble en effet nettement plus employée que la forme sans
s :
Un moteur multisoupapes.
Un pain multicéréales.
La fréquence de ces formes dans l'usage peut justifier qu'elles soient
prises en compte par certains dictionnaires, mais nous recommandons de
privilégier les formes qui respectent le principe
général, c'est-à-dire, si l'on reprend les mêmes exemples :
Un moteur multisoupape, des moteurs
multisoupapes.
Un pain multicéréale, des pains multicéréales.
Dans le cas de l'adjectif
multifonction,
si l'on veut éviter de choisir entre
un
appareil multifonction et
un appareil multifonctions,
une solution pourrait être de choisir un synonyme :
un appareil multifonctionnel.
Ici, l'élément
fonctionnel,
qui suit le préfixe, existe par ailleurs de façon autonome en français
comme adjectif. Dans les cas de ce type (
multi- + adjectif),
l'usage est bien établi de
ne pas ajouter de
s au singulier. Ci-dessous, les exemples précédés
d'un astérisque sont clairement fautifs :
Un appareil multifonctionnel.
*Un appareil multifonctionnels.
Un État multinational.
*Un État multinationaux.
3. Les
adjectifs en multi-
peuvent-ils varier en genre ?
Ce que l'on vient de dire sur la variabilité en nombre ne vaut pas
toujours pour la variabilité en genre. S'il est vrai que l'adjectif
multifonctionnel
possède une forme féminine
multifonctionnelle,
sur le modèle de l'adjectif
fonctionnel,
l'adjectif
multifonction, quant
à lui, est invariable en
genre :
Un appareil multifontionnel, une
machine multifonctionnelle.
Un appareil multifonction, une machine multifonction.
Cette invariablilité en genre vaut pour tous les mots en
multi- dont le
deuxième élément existe aussi comme nom français autonome. Dans chaque
paire d'exemples ci-dessous, la deuxième forme, à la terminaison
abusivement féminisée, est incorrecte :
Une machine multifonction.
*Une machine multifonctionne.
Une distribution multicanal.
*Une distribution multicanale.
Une option multijoueur.
*Une option multijoueuse.
Les éléments
fonction,
canal
et
joueur
existent aussi comme noms français autonomes ; ils ne prennent pas de
marque du féminin dans ces emplois. Les deux premiers,
fonction et
canal, sont
d'ailleurs des noms strictement masculins. Quant au nom
joueur, il possède
bien une forme féminine
joueuse,
mais dans l'adjectif
multijoueur
l'élément
joueur
possède une valeur neutre générique qui s'exprime par la forme
masculine.
De la même façon, dans chaque trio
d'exemples ci-dessous, le deuxième est un intrus à l'accoutrement
masculin inapproprié :
Une baguette multicéréale.
*Un pain multicéréal.
Un pain multicéréale.
Une
pince multiprise.
*Un bloc multipris.
Un bloc multiprise.
Les éléments
céréale
et
prise
existent aussi comme noms français autonomes, du genre féminin. Ce
n'est pas parce que les noms
pain
et
bloc
sont masculins qu'il faut masculiniser la terminaison de
leurs adjectifs respectifs
multicéréale
et
multiprise.
Ces adjectifs sont dits
épicènes,
c'est-à-dire qu'ils gardent la même forme au masculin et au féminin.
4. Peut-on étendre ces principes à d'autres préfixes ?
On peut appliquer les mêmes principes avec d'autres préfixes latins ou
grecs qui revêtent une valeur de pluralité, comme le préfixe latin
pluri- ou le
préfixe grec
poly-,
de même que les préfixes faisant référence à un nombre, comme
bi- (« deux »),
tri-
(« trois »),
quadri-
(« quatre ») et ainsi de suite.
Un végétal pluripétale, des
végétaux
pluripétales.
Une fixation polybloc, des fixations polyblocs.
Un kayak biplace, des kayaks biplaces.
Une
charrue trisoc, des charrues trisocs.
Un avion quadrimoteur, des avions quadrimoteurs.
Les adjectifs ci-dessus signifient respectivement « à
plusieurs pétales », « à plusieurs blocs », « à
deux places », « à
trois socs » et « à quatre moteurs ». Leur graphie
respecte les
principes que nous avons rappelés : le préfixe est soudé à ce qui
suit ; le singulier s'écrit sans marque du pluriel et le pluriel
avec la marque du pluriel ; l'adjectif est épicène (formes
masculines
et féminines identiques), puisque son élément final existe aussi comme
nom français autonome.
Concluons en mentionnant que ces recommandations concordent avec celles
des rectifications
de l'orthographe.