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31 aout 2010
Le terme financier assurance
occasionne parfois des difficultés d'écriture. Voici les questions les
plus fréquentes à son sujet.
1. Singulier ou pluriel : agent
d'assurance ou agent
d'assurances ?
Comme nous le rappelle le dictionnaire d'Antidote,
l'un des sens du nom assurance
est « garantie formelle selon laquelle une personne se verra
indemnisée
à la suite d'éventuels dommages ou évènements fâcheux ». Par
extension,
le mot peut désigner le document attestant cette garantie, l'entreprise
qui offre cette garantie, ou encore le secteur professionnel spécialisé
dans ce type de contrat. Dans certains contextes, on peut se demander
si le mot
assurance devrait être au singulier ou au pluriel, notamment dans des
locutions comme agent
d'assurance(s). On peut dégager certaines tendances.
Quand le mot
assurance
désigne concrètement l'action de s'assurer et le contrat qui en
résulte, c'est le singulier
assurance
qui s'impose :
Un
contrat d'assurance.
Une police d'assurance.
Une prime d'assurance.
Une opération d'assurance.
Quand le mot désigne le secteur professionnel ou
une entreprise, le pluriel se rencontre souvent :
Elle
travaille dans le secteur des assurances.
Elle travaille dans les assurances.
(plus familier)
Il fait affaire avec les Assurances Untel. (nom
d'entreprise)
Parmi les locutions du type nom + d'assurance,
voici des cas où le pluriel assurances est
assez
fréquent :
Une
compagnie d'assurances.
Une société d'assurances.
Un agent d'assurances.
Un courtier d'assurances
(ou
courtier en assurances).
Le pluriel met l'accent sur la diversité, sur le
fait que l'on traite de toutes sortes d'assurances. Cela dit, le
singulier assurance
est lui aussi répandu et correct dans ces expressions. Le singulier met
l'accent sur la généralité du concept plutôt que sur la diversité de
ses formes :
Elle
travaille dans le secteur de l'assurance.
Une compagnie d'assurance.
Un agent
d'assurance.
Pour la raison de sa plus grande généralité, le
singulier nous parait préférable dans les expressions de ce
type1.
2. Trait
d'union ou non : assurance vie ou assurance-vie ?
Les types d'assurances sont
innombrables : assurance
contre le vol, assurance
en
cas de décès, assurance
sur la vie, assurance
relative à l'automobile, assurance d'accès aux médicaments,
etc. Ces appellations sont habituellement abrégées dans une forme où
l'on supprime tout ce qui se trouve entre le mot assurance et le nom
complément :
assurance sur la vie ->
assurance vie
assurance en cas de décès -> assurance décès
assurance contre le vol -> assurance vol
assurance relative à l'automobile -> assurance automobile
assurance d'accès aux médicaments -> assurance médicaments
On pourrait regretter qu'avec la perte de la préposition, ces formes
elliptiques perdent un peu en clarté ce qu'elles gagnent en brièveté.
Les plus fréquents de ces termes en sont venus à
être consignés dans les dictionnaires. Cette
lexicalisation est parfois graphiquement renforcée par la
présence
d'un trait d'union :
assurance vie ou
assurance-vie
assurance vol ou
assurance-vol
assurance maladie ou
assurance-maladie
L'usage est flottant quant à l'emploi de ce trait d'union, hésitation
qui se reflète dans les dictionnaires, qui ne s'accordent pas toujours.
Par exemple, le dictionnaire de l'Académie
française
2 écrit
assurance
vie, sans trait d'union, alors que le mot est écrit
assurance-vie dans
le
Petit Larousse 2008
et le
Petit
Robert 2010. Par ailleurs, ces deux
derniers divergent entre eux
sur
assurance(-)maladie,
que seul le
Petit
Larousse
écrit avec un trait d'union. On pourrait facilement allonger la liste
des divergences sur ce point entre les ouvrages de référence.
Certains ont voulu établir une nuance sémantique : interdire
le
trait
d'union quand le second élément est un nom désignant un objet
concret et utiliser le trait d'union dans les autres cas. Par
exemple, il faudrait écrire
assurance
habitation d'une part et
assurance-maladie
d'autre part, car une
habitation
est un objet concret, contrairement à une
maladie. Mais ce
critère distinctif a été peu suivi en pratique.
Antidote autorise généralement les
deux graphies pour toutes les locutions de ce type (
assurance vie ou
assurance-vie), tout en rappelant dans une note que la tendance est plutôt de le
laisser tomber.
De même, l'Office québécois de la langue française
1considère que le trait d'union est facultatif dans ces
expressions, mais recommande de privilégier la graphie sans trait
d'union (
assurance vie),
considérant celle-ci comme plus conforme à l'usage actuel, du moins au Québec, où
les variantes sans trait d'union sont utilisées dans la langue de
l'Administration provinciale :
assurance maladie,
assurance
médicaments,
assurance
automobile, etc. Un avis similaire est donné par le Bureau
de la traduction
3 du
gouvernement du Canada. (Sur le cas particulier d'
assurance-emploi,
voir la section 5 ci-dessous.)
Si le mot qui suit le nom
assurance
est un
adjectif, la question ne se pose plus : cet adjectif ne
devrait jamais
être
lié par un
trait d'union :
assurance maritime
assurance sociale
assurance multirisque
On rencontre parfois la variante
assurance-sociale,
mais ce trait d'union non justifié est à
proscrire. Sur
assurance
multirisque,
voir aussi la section 4 ci-dessous.
3. Pluriel
des composés : des
assurances vie
ou des
assurances vies ?
Indépendamment de la présence ou non du trait d'union, les locutions où
le mot
assurance
est suivi d'un nom en apposition peuvent susciter une autre
question : dans les contextes où le mot
assurance est écrit
au pluriel, faut-il aussi mettre au pluriel le nom apposé
?
Règle générale, ce nom apposé doit être laissé invariable :
Une
assurance vie, des assurances vie.
Une assurance vol, des assurances vol.
Une assurance automobile, des assurances
automobile.
Cela s'explique si l'on se rappelle les formulations
sous-entendues :
Des assurances (sur la) vie.
Des assurances (contre le) vol.
Des assurances (relatives à l')automobile.
Signalons au moins une exception. Les ouvrages qui mentionnent le terme
assurance
crédit accordent souvent
crédit au
pluriel :
Une assurance crédit, des assurances
crédits.
On voit mal ce qui justifie ce pluriel particulier, à moins que
l'expression doive être interprétée ainsi :
Des assurances (qui servent
de, qui sont des) crédits.
Mais cette interprétation ne semble pas vraiment correspondre au sens
de ce terme, qu'Antidote définit comme un « contrat d'assurance
garantissant un créancier contre un éventuel non-paiement de la part de
son débiteur ». L'invariabilité de
crédit nous semble
aussi
légitime, correspondant à l'interprétation :
Des assurances (de, sur le) crédit.
Pour tenir compte à la fois de l'usage et de la logique, Antidote
considère comme facultative la variabilité de
crédit dans le
pluriel de ce cette expression.
Notons par ailleurs que, dans quelques expressions, le nom apposé est
utilisé au pluriel même quand
assurance
est au singulier. Par exemple :
Une assurance médicaments,
des assurances médicaments.
Une assurance bagages, des assurances bagages.
Ces cas s'expliquent par le sens : une
assurance médicaments
est une
assurance
d'accès aux médicaments ; une
assurance bagages est
une
assurance contre la perte des bagages.
Enfin, si le mot qui suit
assurance
est un adjectif, celui-ci s'accorde selon son habitude :
Une assurance maritime, des assurances
maritimes.
Une assurance sociale, des assurances sociales.
4. Assurance
multirisque
ou assurance
multirisques
?
Quand une assurance couvre des risques multiples de nature différente,
elle est parfois appelée
assurance
tous risques (notamment dans le domaine de l'assurance
automobile) ou
assurance
multirisque (notamment dans le domaine de l'assurance
habitation).
Dans le terme
assurance
tous risques, forme elliptique d'
assurance contre tous les risques,
l'expression
tous
risques s'écrit toujours au pluriel :
Une assurance tous risques, des
assurances tous risques.
Dans le terme
assurance
multirisque,
l'adjectif
multirisque
porte le sens similaire de « plusieurs risques ». Puisque son préfixe
multi- renferme une
valeur de pluralité, cet adjectif est souvent écrit avec un
s, même quand le
nom
assurance
auquel il se rapporte est au singulier :
une assurance multirisques.
Nous recommandons toutefois de n'ajouter un
s à
multirisque que
dans les cas où le nom
assurance est
lui-même au pluriel :
Une assurance mutlirisque, des
assurances multirisques.
Pour plus de détails sur la question, voyez le Point de langue
Questions
multiples sur multi-.
5.
Deux questions terminologiques
particulières au Canada
Assurance
chômage ou
assurance
emploi ?
Le terme
assurance
chômage désigne de façon générale dans les pays
francophones un régime d'assurance sociale destiné à
indemniser un travailleur qui a perdu son emploi. Au Canada, dans la
langue de l'Administration fédérale, ce terme a été remplacé
par
assurance-emploi
(avec un trait d'union dans la terminologie officielle), depuis
l'entrée en vigueur de la
Loi
sur l'assurance-emploi en 1996. Dans l'autre
langue officielle, l'anglais, on est passé au même moment du terme
unemployment insurance
à
employment insurance.
En ces temps de rectitude politique, on a peut-être jugé le mot
emploi plus
valorisant que
chômage.
Une assurance contre les effets du chômage est-elle nécessairement
l'assurance d'un emploi ? Quoi qu'il en soit, même si
l'expression
assurance
chômage
reste fréquemment utilisée dans la langue courante, on s'en
tiendra, dans un contexte administratif canadien, au terme
officiel
assurance-emploi.
Assurance maladie ou
assurance
santé ?
Une
assurance
maladie est une assurance destinée à payer des couts liés
aux soins de
santé en cas de maladie. Au Québec, où tout le monde connait pourtant
la
Régie de l'assurance
maladie, on rencontre parfois dans la langue courante
l'expression
assurance
santé, calquée sur l'expression anglaise
health insurance.
Bien que le mot
santé
présente un visage indéniablement plus positif que
maladie, ce calque
assurance santé est
à fuir comme la peste...
En faisant siennes les recommandations données
ci-dessus, on devrait être muni d'une solide police
d'assurance contre les hésitations devant le nom assurance.
1. Office québécois de la langue française. Assurance, Banque de dépannage linguistique, 2002.
2. Dictionnaire de l'Académie française, neuvième édition, version informatisée.
3. Bureau de la traduction. Assurance, Clefs du français pratique, 2010.