Enquêtes linguistiques

Fêtes d'automne

octobre 2005

La saison automnale est ponctuée de fêtes dont le nom peut causer des hésitations d'écriture. Voici quelques observations linguistiques à leur sujet.

 

Début de l'automne : Rosh ha-Shana

C'est le Nouvel An juif. Ce nom hébreu, qui signifie littéralement « tête de l'année », marque le début du mois de tishri et de l'année du calendrier juif, début qui tombe autour de l'équinoxe d'automne. Le 1er tishri de l'an 5766 de l'ère juive correspond au 4 octobre 2005. Cette fête, qui commémore la création du monde, inaugure une période de célébrations ponctuée dix jours plus tard par la fête du Yom Kippour.

 

Synonymes. — Le Nouvel An juif.
Orthographe. — Elle n'est pas clairement fixée. La translittération du nom hébreu connaît de nombreuses variantes, plus ou moins francisées : Rosh ha-Shanah, Rosh-Ha-Shanah, Rosh ha-Shana, Roch ha-Shana, Roch ha-Chana, Roch Hashana, Roch Hachanah, Roche ha-Chana, etc.
Genre. — Masculin. 
Majuscule. — Sur l'usage des majuscules dans l'expression Nouvel An, voyez le Point de langue consacré aux noms des fêtes de fin d'année.
Article. — Ce nom de fête s'emploie généralement sans article : célébrer Rosh ha-Shana.



4 octobre au 3 novembre (en 2005) : le ramadan

Le ramadan, mois de jeûne, est le neuvième mois du calendrier musulman, qui est lunaire : les mois y sont mobiles par rapport aux saisons et le ramadan n'est donc pas particulièrement automnal (son nom vient même d'un verbe arabe signifiant « être chauffé par le soleil »), mais c'est le cas cette année, puisque le ramadan de l'an 1426 de l'hégire (l'ère musulmane) s'étend du 4 octobre au 3 novembre 2005. Rare coïncidence, il débute donc cette année en même temps que le Nouvel An juif. L'obligation de jeûne et d'abstinence entre le lever et le coucher du soleil durant le ramadan constitue l'un des cinq piliers de l'islam. En français, selon le contexte, le mot ramadan peut désigner le mois ou bien l'ensemble des prescriptions religieuses qui y sont associées (faire le ramadanobserver le ramadan). Le jeûne diurne du ramadan alterne avec des réjouissances nocturnes qui sont à l'origine du mot français familier ramdam, qui signifie « tapage, vacarme », comme dans faire du ramdam. La fin du ramadan est marquée par une fête appelée Aïd-el-Fitr (« fête de la rupture du jeûne ») ou Aïd-el-Séghir (« petite fête »). L'orthographe plus ou moins francisée de ces deux noms est sujette à de nombreuses variantes.

 

Genre. — Masculin. 
Majuscule. — Les noms de mois ne prennent pas de majuscule en français : ramadan. En tant que nom de période religieuse, ce mot prend aussi la minuscule, conformément à l'usage pour les périodes chrétiennes similaires (le carêmel'avent). 
Article. — Les noms de mois du calendrier grégorien s'écrivent le plus souvent sans article (janvieren janvier) et on peut suivre cette règle quand le mot désigne le mois (ramadanen ramadan). L'usage semble toutefois préférer l'article (le ramadandurant le ramadan). Quand le mot désigne le jeûne rituel, l'article est recommandé.



Mi-octobre : l'Action de grâce

Cette fête nord-américaine est une occasion de rendre grâce à Dieu pour la richesse des récoltes et la bonne santé des gens. Au Canada, ce jour férié est fixé au deuxième lundi d'octobre, alors qu'il tombe le quatrième jeudi de novembre aux États-Unis, où c'est une fête familiale aussi importante que Noël.

 

Synonymes. — Le jour de l'Action de grâcela fête de l'Action de Grâce. Son nom anglais Thanksgiving (Day) est souvent utilisé tel quel par les francophones européens qui font référence à cette tradition typiquement américaine.
Orthographe. — Le mot grâce peut s'écrire avec ou sans s dans cette expression : l'Action de grâce ou l'Action de grâces.
Majuscule. — Une majuscule à Action seulement. Dans les noms de fêtes religieuses, civiles ou nationales, on met la majuscule au nom spécifique qui caractérise la fête (et à l'adjectif qui le précède, le cas échéant) et la minuscule au terme générique comme fête ou jour.



31 octobre : l'Halloween

Cette fête anglo-saxonne à caractère macabre et aux lointaines origines celtes est célébrée chez les Québécois francophones depuis le milieu du XXe siècle et a commencé à se répandre en France ces dernières années.

 

Synonyme. — La veille de la Toussaint.
Orthographe. — La graphie recommandée en français est identique à la graphie américaineHalloween. Au Canada anglais et en Grande-Bretagne, le mot est encore souvent écrit sous la forme Hallowe'en. Le mot est la forme abrégée de All Hallow Even (« veille de la Toussaint »).
Majuscule. — On rencontre souvent le mot écrit avec la minuscule (halloween), mais il est recommandé de suivre la règle générale voulant que les noms de fêtes prennent une majuscule.
Élision. — Bien que ce mot soit d'origine anglo-saxonne, son H initial est dit « muet » et entraîne l'élision du mot qui précède : un déguisement d'Halloween et non un déguisement de Halloween.
Genre. — Féminin en principe (une Halloween terrifiante),  surtout si l'on sous-entend le mot fête, mais le masculin est fréquent (un Halloween terrifiant).
Article. — Au Québec, le mot s'emploie avec l'article défini : fêter l'Halloween. En France, le mot, comme Noël ou Pâques, s'emploie plutôt sans article : fêter Halloween.



1er novembre : la Toussaint

Cette fête catholique honore tous les saints qui n'ont pas leur fête propre dans le calendrier ecclésiastique. C'est un jour férié en France.

 

Synonyme. — La fête de tous les Saints.
Orthographe. — Même s'il s'agit d'une fête en l'honneur de tous les saints, le mot est singulier et ne prend pas de s final. 
Genre. — Féminin, le mot fête étant sous-entendu. 



2 novembre : le jour des Morts

Cette fête catholique qui honore les défunts est située approximativement à mi-chemin entre l'équinoxe d'automne et le solstice d'hiver. Elle est historiquement liée aux deux fêtes précédentes et coïncide avec le début du grand sommeil annuel de la nature. Le mois de novembre est lui-même connu sous le nom de mois des morts.

 

Synonyme. — La fête des Mortsla Commémoration de tous les fidèles défunts.
Majuscule. — Une majuscule à Morts seulement, conformément à la règle évoquée plus haut à propos des mots jour et fête.



11 novembre : l'Armistice

Cette fête civile commémore l'armistice signé le 11 novembre 1918 et mettant fin à la Première Guerre mondiale. C'est l'occasion d'honorer les anciens combattants des guerres du XXe siècle. C'est un jour férié en France et au Canada (où il n'est chômé que dans certaines institutions financières et organismes gouvernementaux).

 

Synonymes. — Le 11 Novembre, la fête de l'Armistice, le jour de l'Armistice, le jour du Souvenir. L'appellation jour du Souvenir est officielle au Canada depuis 1931. En France, jour du Souvenir désigne plutôt une fête célébrée le 27 avril en souvenir des résistants et déportés de la Deuxième Guerre mondiale.
Majuscule. — Une majuscule à Souvenir seulement, conformément à la règle évoquée plus haut à propos des mots jour et fête. On met une majuscule au nom du mois dans l'expression le 11 Novembre quand celle-ci désigne spécialement la fête. Ce principe s'applique aux autres noms de fêtes formés d'un nom de mois précédé d'un quantième : célébrer le 1er Maile 14 Juillet.



25 novembre : la Sainte-Catherine

Cette fête catholique traditionnelle (retirée du calendrier ecclésiastique en 1970) honore sainte Catherine d'Alexandrie, martyre légendaire et patronne des jeunes filles. On disait des filles qui atteignaient l'âge de 25 ans sans être mariées qu'elles coiffaient sainte Catherine. Elles étaient aussi appelées catherinettes. Au Québec, la fête a donné son nom à la tire Sainte-Catherine, une friandise à base de mélasse fabriquée à cette occasion.

 

La « sainte » règle. — Quand on parle d'un saint, le mot saint s'écrit avec une minuscule et sans trait d'union (la légende de sainte Catherine) ; quand on parle du jour mis sous la protection du saint, le mot saint s'écrit avec la majuscule et un trait d'union (le jour, la fête de la Sainte-Catherine). Bref : la fête de sainte Catherine se célèbre le jour de la Sainte-Catherine. 
Genre. — Féminin. Puisque le mot fête est sous-entendu, les noms des fêtes des saints sont toujours féminins, peu importe le sexe du personnage honoré : la Sainte-Catherinela Saint-Jean.



En complément, voyez le Point de langue consacré aux noms des fêtes de fin d'année.

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