Enquêtes linguistiques

Mots tendres

février 2012

La Saint-Valentin qui approche nous inspire des sentiments tendres. Pourquoi ne pas nous offrir, pour cette occasion, un bouquet de mots évoquant l’amour ? Nous respecterons tout de même les convenances en commençant par flirter, pour ensuite parler d’amour et, enfin, terminer plus crument par une proposition.

flirter

S’il est très clair que flirter provient du verbe anglais to flirt, il n’est pas aussi sûr que ce verbe anglais descende lui-même d’un ancien verbe français fleureter, dérivé de fleur, comme le veut une certaine tradition.Fleureter est apparu, il est vrai, avant l’emprunt de flirter à l’anglais, mais il avait alors le sens de ‘butiner’. Il n’aurait pris le sens de ‘courtiser’ qu’à la fin du XIXe siècle sous l’influence de flirter alors que to flirt possédait déjà ce sens avant cette époque. Reste à savoir si l’expression conter fleurette, plus ancienne (XVIIe siècle), a exercé une quelconque influence sur le développement sémantique du verbe anglais.

La séduction serait-elle un jeu qu’on devrait prendre à la légère ou même mépriser ? En tout cas, le sens original ‘se moquer de’ ou ‘mépriser’ de to flirt nous le suggère. Issu de l’anglo-saxon fleardian ‘badiner’ ou ‘prendre à la légère’, le verbe anglais est attesté depuis le XVIe siècle dans le sens original et depuis le XVIIIedans le sens de ‘courtiser’. Il franchit la Manche au milieu du XIXe siècle ; son déverbal, flirt, fera de même un quart de siècle plus tard.

amour

La véritable forme moderne issue du latin amor devrait être ameur au lieu de amour. Elle aurait dû suivre l’évolution phonétique normale des mots latins se terminant en ‑or, qui font ‑eur en français (ex. : favor =>faveurrigor => rigueurlabor => labeur). La forme ameur a pourtant existé en ancien français, mais elle désignait plutôt le rut que l’amour romantique, probablement influencée sémantiquement par humeur. Une locution en ameur ‘en chaleur’ s’est rencontrée jusqu’en français classique. Aujourd’hui, elle ne survit plus que dans certains patois.

La forme amour n’est pas issue du fonds primitif, mais a été empruntée au latin chrétien, puis influencée phonétiquement et sémantiquement soit par le champenois, soit par l’occitan au XIIe siècle. En effet, ces deux langues affichaient une forme amour avec le sens ‘amour courtois’, différent du sens ‘amour chrétien’ de l’emprunt latin ou du sens ‘rut’ du mot vernaculaire. Dans le premier sens, elle était concurrencée par le mot amitié, qui étendait alors l’affection jusqu’à l’amour érotique.

Bien que le mot fût de genre masculin en latin, il était généralement féminin en ancien français, comme en ancien occitan. Ce n’est qu’à la Renaissance que le genre masculin a été rétabli malgré les réticences. Pour ménager la chèvre et le chou, les grammairiens ont énoncé des règles répartissant l’usage du masculin et du féminin (voir dans Antidote l'article de guide Amour, délice, orgue : genre et nombre).

proposition

Le terme latin propositio a pris selon l'époque de nombreux sens. Seuls ceux qui ont été empruntés par le français sont présentés ici.

Le sens premier 'action de présenter' du latin classique ne survit que dans l'expression biblique pains de proposition 'dans le judaïsme, pains sacrés présentés sur une table', calquée sur le latin religieux panes propositionis et attestée en français depuis le XIIe siècle.

À la fin du latin classique et en latin impérial apparaissent des sens abstraits dénotant divers types d'énoncés : grammatical, logique et mathématique. L'acception logique 'énoncé auquel on peut attribuer une valeur de vérité' est attestée en français depuis le XIIIe siècle ; les acceptions grammaticale 'unité syntaxique élémentaire' et logique 'théorème', depuis le XVIIe siècle.

En latin tardif apparait un sens 'idée qu'on propose à quelqu'un, suggestion'. Il est attesté en français depuis le XIIIe siècle. Au XVIIIe siècle, le mot prend une connotation sexuelle dans l'expression faire des propositions à quelqu'un (après avoir été employé au singulier) sur laquelle nous nous empressons de jeter un voile pudique avant de nous avancer trop loin.

 


Le contenu de nos Histoires de mots est tiré des notices étymologiques du dictionnaire historique d’Antidote 8.

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