Enquêtes linguistiques

Antidote et les rectifications orthographiques

Novembre 2003 Points de langue

Les rectifications : origine et situation

En 1990, le Conseil supérieur de la langue française, appuyé par l’Académie française, a proposé un ensemble de rectifications orthographiques, connues aussi sous le nom de réforme de l’orthographe. Ces rectifications touchent quelques milliers de mots parmi les centaines de milliers de formes du français. Elles éliminent bon nombre d’exceptions et de disparités, et rendent plus intuitives pour l’usager des graphies dont l’ancienne forme échappait à la logique du français.

Graphie rectifiée Ancienne graphie
connaitre connaître suppression de l’accent circonflexe
entredéchirer entre-déchirer suppression du trait d’union
un compte-goutte un compte-gouttes singulier sans s
des cache-misères des cache-misère pluriel avec s
séniorita señorita graphie francisée
des barmans des barmen pluriel francisé
persiffler persifler uniformisation par rapport à siffler
règlementer réglementer accent conforme à la prononciation

Sur l’ensemble d’un texte, ces changements touchent relativement peu de mots, à tel point que leur application peut facilement passer inaperçue pour le lecteur. Aussi est-il quelque peu abusif de parler de réforme, le terme rectifications étant plus approprié. De plus, dans nombre de cas, la rectification se borne à choisir, parmi plusieurs variantes attestées d’un mot, la plus proche des normes françaises ; les graphies rectifiées ne sont donc pas nécessairement nouvelles.

Le dictionnaire de l’Académie relève encore les graphies anciennes, mais recommande désormais les graphies nouvelles. Les graphies rectifiées ne sont donc pas obligatoires, mais recommandées. Puisqu’elles sont officiellement publiées au dictionnaire de l’Académie, les graphies nouvelles ne peuvent plus, dans toute la francophonie, être notées comme erreurs.

D’abord l’objet de réticences pour certains, les rectifications ont fait leur chemin. En 1996, la Suisse a rappelé à ses enseignants l’existence des nouvelles graphies et a encouragé leur enseignement. En 1998, c’était au tour de la Belgique et, en 2003, la France a emboité le pas. Le Québec suivra probablement bientôt ; son propre Conseil supérieur de la langue française a appuyé les rectifications, et plusieurs universités ont résolu d’en tenir compte. Les rectifications ont déjà été diffusées dans plusieurs secteurs de l’Administration et le sont actuellement dans le reste de la fonction publique ; ainsi, plusieurs rapports à l’Assemblée nationale (France) les appliquent dans leur entièreté. Enfin, certains organes de presse ont fait de la nouvelle orthographe leur norme officielle. Les rectifications font désormais partie du paysage du français.

Les rectifications et Antidote Prisme

Druide informatique a suivi l’évolution des rectifications avec intérêt, et était prête à agir lorsque la demande s’est fait sentir, soit à compter de 2002. Avec Antidote Prisme, la nouvelle édition de son grand logiciel d’aide à la rédaction, Druide répond à cette demande.

Antidote Prisme implante les graphies rectifiées dans tous ses ouvrages. Le correcteur les reconnait, le dictionnaire et les synonymes les recensent, le conjugueur présente les conjugaisons rectifiées, et la grammaire consacre plusieurs articles à en expliquer la logique et à les décrire en détail. Le prisme permet même d’identifier d’un coup d’œil tous les mots d’un texte touchés par les rectifications, que les nouvelles graphies aient été appliquées ou non ; l’utilisateur peut ainsi mesurer l’impact des rectifications sur son texte. Antidote Prisme a été le tout premier logiciel d’aide à la rédaction à inclure tous les aspects des rectifications et à mériter le label de qualité décerné à ce titre par le site des recommandations orthographiques.

Druide considère les rectifications comme bienvenues et comme une source de consolidation du français, mais il ne lui appartient pas de les imposer. Antidote Prisme comporte donc des réglages qui permettent à l’utilisateur d’accepter aussi bien les graphies nouvelles que les anciennes, conformément à l’esprit des rectifications, ou encore de refuser les graphies nouvelles, ou au contraire de n’accepter qu’elles. Ceux et celles qui connaissent déjà les rectifications apprécieront de pouvoir rédiger leurs textes avec l’une ou l’autre graphie, à leur guise. Ceux et celles qui ne les connaissent pas ou peu pourront se servir des multiples outils d’Antidote pour les découvrir et faire un choix éclairé. En facilitant ainsi la diffusion des graphies nouvelles, Druide souhaite qu’Antidote apporte sa modeste contribution à l’évolution du français.

Les rectifications en 15 principes simples

  1. Laissé suivi d’un infinitif : invariable.

    Le participe passé laissé suivi d’un infinitif reste toujours invariable (sur le modèle de fait).

    Nous les avons laissé partir.
    Elles se sont laissé tomber dans la neige.

  2. Trait d’union partout dans les nombres complexes.

    Toutes les composantes d’un nombre complexe sont liées par un trait d’union.

    trois-cent-soixante-cinq jours
    vingt-et-unième semaine
    six-millions-cinq-cent-mille habitants

  3. Suppression du trait d’union dans les mots composés.

    On supprime autant que possible le trait d’union dans les mots composés, notamment dans les cas suivants :

    • mots composés d’un préfixe non autonome.

      autoévaluation, postmodernisme

    • mots composés avec les prépositions contre<span class="police_compat_win">‑ et entre<span class="police_compat_win">‑.

      contrattaque, contrecourant, entretemps, s’entreregarder

    • mots composés d’onomatopées.

      blablabla, froufrou, tchintchin

    • certains mots composés avec porte<span class="police_compat_win">‑.

      porteclé, portemonnaie

    • mots composés avec basse<span class="police_compat_win">‑.

      bassecour, bassefosse

  4. Régularisation du nombre de certains mots composés.

    Le singulier des mots composés du type verbe+nom ou préposition+nom s’écrit sans s (ou autre marque du pluriel).

    un brise-glace, un casse-noisette, un cure-dent, un ouvre-bouteille, un sèche-cheveu

    De même, le pluriel de ces mots composés s’écrit avec un s (ou une autre marque du pluriel).

    des abat-jours, des gratte-ciels, des hors-jeux, des sans-abris

  5. Suppression des accents circonflexes capricieux (î et û).

    On supprime sur les voyelles i et u les accents circonflexes capricieux (boite, entrainement, naitre, aout, flute, crument), ne conservant que ceux qui permettent de distinguer deux homophones (sûr, , la plante croît rapidement) ainsi que dans les terminaisons verbales du passé simple par analogie (nous vîmes comme nous aimâmes).

  6. Tréma sur le u.

    Dans les séquences guë<span class="police_compat_win">‑ et ‑guï<span class="police_compat_win">‑, on déplace le tréma sur le u, puisque c’est cette voyelle qui est prononcée, et non celle qui suit.

    ambigüité, cigüe, contigüe

    On ajoute un tréma sur le u dans le mot argüer et dans les mots se terminant par -⁠geure qui n’en contenaient pas, et où le u est prononcé.

    gageüre, rongeüre, argüer

  7. Accent conforme à la prononciation.

    On ajoute ou on modifie un accent de sorte que la graphie du mot soit conforme à sa prononciation.

    asséner, crèmerie, évènement, papèterie, règlementation, sècheresse

    Les verbes comme céder (verbes du 1er groupe dont la terminaison est constituée d’un é suivi d’une consonne) s’écrivent désormais avec un accent grave au futur et au conditionnel (sur le modèle de semer) plutôt qu’avec un accent aigu.

    j’abrègerai, tu cèderais, il complètera, nous gèrerions, vous procèderez, ils vocifèreraient

    Dans les tournures avec un -⁠je inversé, le e final du verbe devient è (plutôt que é).

    Je réussirai, dussè-je m’y user.
    Fussè-je Dieu, il ne me croirait pas davantage.

  8. Consonne simple (l et t) après un e muet.

    Devant les consonnes doubles -⁠ll et -⁠tt, le e se prononce è (cannelle, lunette). Dans les cas où cette voyelle se prononce e, on met un seul l et un seul t (cannelier, lunetier).

  9. Francisation des emprunts.

    Pour faciliter leur intégration dans le système graphique, phonétique et morphologique du français, on rectifie la graphie des emprunts à l’aide de divers procédés : par l’accentuation (à latéré, muézin, placébo) ; par la normalisation du pluriel (des barmans, les maximums, les contes inuits) ; par la suppression des séquences ou des caractères étrangers (séniorita, fiord, malstrom, mixeur) ; etc.

  10. Séries harmonisées.

    On uniformise la graphie des mots de certaines familles, réduisant ainsi les hésitations et les risques d’erreurs.

    combattif

    avec deux t, comme combattre

    imbécilité

    avec un l, comme imbécile

    persiffler

    avec deux f, comme siffler

  11. Suppression du i dans la séquence -⁠illier.

    On supprime le i, inaudible, dans la séquence -⁠illier.

    joailler, médailler, quincailler, serpillère

  12. La séquence -⁠olle devient -⁠ole.

    La séquence -⁠olle est remplacée par -⁠ole, sur le modèle de bestiole.

    chantignole, corole, corolairement

  13. Verbes en -⁠eler et en -⁠eter : -⁠èl, -⁠èt plutôt que -⁠ell, -⁠ett.

    Les verbes en -⁠eler ou -⁠eter (dont certains, comme amonceler et étiqueter, se conjuguent en -⁠ell, -⁠ett, alors que d’autres, comme geler et acheter, se conjuguent en -⁠èl, -⁠èt) s’alignent tous désormais sur un seul modèle de conjugaison : -⁠èl, -⁠èt.

    il amoncèle, il chancèle, il étincèle, il nivèle, il renouvèle, il ruissèle ; il aiguillète, il étiquète, il halète, il pellète, il volète

    Les dérivés en -⁠ment suivent la même règle.

    amoncèlement, nivèlement, ruissèlement, volètement

  14. -⁠oter plutôt que -⁠otter.

    Si le verbe en -⁠otter est formé sur la base d’un nom contenant un seul t, il s’écrit aussi avec un seul t.

    balloter

    sur la base de ballot

    fayoter

    sur la base de fayot

    greloter

    sur la base de grelot

    Si le suffixe -⁠otter sert à donner le sens général de « légèrement », « maladroitement », on l’écrit (et ses dérivés) avec un seul t, sur le modèle de pianoter.

    bouilloter, frisoter, mangeoter

  15. Anomalies diverses.

    La suite ign, non conforme dans oignon et ses dérivés, est éliminée.

    ognon, ognonade

    Le e muet est éliminé à l’infinitif dans asseoir et les autres verbes du même type.

    assoir, messoir, rassoir, sursoir

    La lettre x remplace la séquence cz dans eczéma et ses dérivés (sur le modèle de examen).

    exéma, exémateux, exématiser, etc.

Ce Point de langue est rédigé en orthographe rectifiée. Il a remplacé définitivement le Point de langue no 5 du 30 octobre 2001.

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