Enquêtes linguistiques

Au travail !

Octobre 2012 Histoire de mots

Le travail vous est plutôt pénible ? Votre salaire vous laisse comme un gout de sel ? Seule la paie vous apporte la paix ? Ne craignez rien. Vous ne souffrez pas d'une dépression provoquée par le retour au travail, mais faites plutôt preuve de perception extrasensorielle étymologique. La présente histoire de mots vous réconciliera avec le côté intéressant du travail.

travail, travailler

Ce n'est pas d'hier que l'on trouve le travail harassant, car à la racine des mots travail et travailler se trouve un instrument de... torture ! Le tripalium (littéralement 'trois pieux', en bas latin) était constitué de trois pieux fixés dans leur partie supérieure, auxquels on attachait le condamné, sous lequel était allumé un feu. Le nom travail signifiant 'dispositif utilisé pour immobiliser les animaux' descend de ce mot latin, avec une possible influence d'un mot de la famille de travée 'espace entre deux poutres'. Cependant, dans le sens de 'activité', le mot dérive plutôt de son correspondant verbal travailler.

Le verbe travailler est issu du latin populaire tripaliare 'torturer', dérivé de tripalium. Certains de ses sens évoquent encore la torture (physique ou psychologique) : 'rouer de coups' (dans Le boxeur a travaillé son adversaire au corps) ou 'causer un sentiment pénible et durable' (dans Le remords le travaillait). Cependant, de nos jours, lorsqu'on dit qu'on travaille, on pense surtout à un effort que l'on fournit en vue de produire quelque chose. Cette acception est apparue dès l'ancien français.

salaire

En raison de son importance primordiale pour l'alimentation humaine et pour la conservation des aliments, le sel occupait une grande place chez les Romains de l'Antiquité. Pour cette raison, le sel servait de monnaie d'échange. Par exemple, on en versait à chaque soldat une ration appelée salarium (de sal 'sel'). Plus tard, salarium désigna la solde versée pour acheter le sel et les vivres, puis, par extension, toute forme de salaire. Le mot latin a été emprunté et adapté en ancien français sous la forme salaire.

payer

Payer provient du verbe latin pacare signifiant 'faire la paix'. On reconnait dans ce verbe la racine pax 'paix' (génitif : pacis), qu'on retrouve dans pacifier. Au sens classique de pacare s'est ajouté, en latin populaire, le sens 'faire la paix en versant de l'argent', qui a glissé vers 'verser de l'argent'. Le sens original s'est maintenu quand même parallèlement à ces nouveaux sens jusqu'en ancien français. Ainsi, le trouvère Jean Bodel écrit au XIIe siècle : « Les enemis faisiens acorder et paier... » (Nous faisions accorder les ennemis et les mettions en paix).

grève

Le sens 'cessation du travail' du mot grève semble bien éloigné du sens plus ancien 'bord de l'eau', ou bien de celui de son étymon latin populaire grava 'gravier'. Le lien remonte au XIXe siècle, lorsque les ouvriers de Paris à la recherche de travail avaient l'habitude de se réunir sur la place de Grève, une grève sur la Seine, pour se faire embaucher. L'expression être en grève a alors été créée pour signifier 'chercher du travail'. Ce sens a glissé au milieu du XIXe siècle vers 'cesser collectivement de travailler pour faire valoir ses revendications'.

Le contenu de nos Histoires de mots est tiré des notices
étymologiques du dictionnaire historique d’Antidote 8.

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