Enquêtes linguistiques

COVID-19 : quelques précautions linguistiques

Juillet 2020 Points de langue

Cela fait plusieurs mois que l’actualité est monopolisée par cette maladie qui a transformé notre vécu quotidien en « vécu covidien ». Son nom quelque peu étrange est d’un emploi délicat et soulève divers problèmes d’écriture auxquels devrait remédier cette petite trousse de secours linguistique.

Définitions, synonymie, polysémie

Quelques définitions pour commencer.

Le terme COVID-19 est ainsi défini par la plus récente version d’Antidote : « Maladie respiratoire contagieuse et potentiellement mortelle causée par un coronavirus (SRAS-CoV-2) et dont les symptômes principaux sont la toux, les difficultés respiratoires et la fièvre. »

Le terme coronavirus est lui-même ainsi défini : « Famille de virus à génome constitué d’ARN, à enveloppe en forme de couronne et responsables de diverses maladies (rhume bénin, gastroentérite, syndrome respiratoire aigu sévère). »

La COVID-19 est donc une maladie causée par un nouveau virus qui appartient à la famille des coronavirus. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a donné à ce virus le nom technique francisé de SRAS-CoV-2. L’élément SRAS est le sigle de l’expression syndrome respiratoire aigu sévère, l’élément CoV représente le mot coronavirus et le numéro 2 permet de le distinguer du SRAS-CoV tout court (ou SRAS-CoV-1), virus à l’origine de l’épidémie de SRAS de 2002-2004. À noter que, dans le nom français du virus, l’élément de forme anglaise SARS est parfois utilisé au lieu de la forme francisée SRAS, mais cette dernière lui est préférable.

C’est en février 2020 que l’OMS a donné à la maladie causée par ce nouveau virus la désignation officielle de COVID-19, aussi bien en français qu’en anglais. L’élément COVID est un acronyme hybride (formé de syllabes et de lettres initiales) de l’expression anglaise coronavirus disease (« maladie à coronavirus »). Le nombre 19 n’indique pas qu’il s’agit de la 19e maladie de ce type, mais fait plutôt office de « millésime » abrégé servant à la distinguer par l’année de son apparition, soit 2019.

Le terme COVID-19 signifie ainsi « maladie à coronavirus 2019 », locution que l’OMS donne aussi comme désignation officielle synonyme. À défaut de concision, elle offre l’avantage d’une plus grande transparence. C’est pourquoi, dans un texte soigné où l’on utilise le terme COVID-19, il n’est pas mauvais de rappeler, à sa première occurrence, cette locution dont il est une forme abrégée.

Par un glissement sémantique naturel, les médias et la population utilisent souvent le nom générique coronavirus pour désigner le virus spécifique SRAS-CoV-2. Ainsi entend-on souvent parler « du » coronavirus comme si c’était le seul à exister. Le contexte permet généralement de déduire qu’il est précisément question du SRAS-CoV-2. Il faut d’ailleurs bien reconnaitre dire que ce nom technique SRAS-CoV-2 n’est guère maniable, en particulier à l’oral.

Autre type de glissement sémantique compréhensible, bien qu’il n’aide pas toujours à la compréhension : on confond souvent la maladie et le virus qui est en l’agent pathogène. Il est question de COVID-19 dans certains contextes où il serait plus juste de parler du SRAS-CoV-2 (ou plus génériquement du coronavirus, ou du virus). C’est le cas par exemple quand on dit par abus de langage que telle personne « a contracté la COVID-19, mais n’est pas malade », ce qui est à strictement parler une contradiction dans les termes.

La combinaison de ces deux types de glissement sémantique fait que ces différents termes ne sont pas toujours utilisés ou compris exactement de la même façon.

Formes abrégées

La langue familière abrège parfois le mot coronavirus sous la forme corona, comme dans « elle a attrapé le corona ». On appelle apocope ce genre de réduction par suppression de syllabes finales. Et on ne peut s’empêcher d’entendre dans une expression comme « au temps du corona » un écho du titre du roman de Gabriel García Márquez, l’Amour aux temps du choléra. On réservera ce corona au registre familier.

Quant au terme COVID-19, on a vu qu’il peut s’analyser comme un synonyme abrégé de la locution maladie à coronavirus 2019. Il est souvent raccourci davantage sous la forme COVID, encore plus maniable. Si on la prend à la lettre, cette forme amputée de son millésime désigne en principe toute maladie causée par un coronavirus, mais c’est en faisant spécialement référence à la COVID-19 qu’elle est habituellement utilisée par les médias. Cela ne porte guère à conséquence dans les textes courants si le contexte est clair, mais, dans les contextes techniques ou potentiellement ambigus, on s’en tiendra, dans ce sens spécifique, à la forme plus précise COVID-19.

Trait d’union ou espace ?

À propos de ce millésime 19, soulignons que c’est par un trait d’union qu’il est relié à COVID :

COVID-19

On évitera de le séparer par une espace ou de l’accoler directement à COVID :

*COVID 19
*COVID19

Majuscules ou minuscules ?

L’usage est hésitant sur ce point. Que faut-il préférer parmi ces trois graphies :

COVID-19
Covid-19
covid-19

On a vu que la première, tout en majuscules, ou plus exactement en capitales1, est la forme originale et officielle, adoptée par l’OMS. À ce titre, on pourra la préférer, en particulier dans les textes techniques. C’est par exemple la seule graphie mentionnée par le l’Office québécois de la langue française (OQLF) dans son Grand Dictionnaire terminologique.

Cela dit, quand ils sont fréquemment employés par la langue courante, les noms communs acronymiques finissent souvent par s’écrire tout en minuscules (ou bas-de-casse1). Prenons l’exemple d’une autre maladie, le syndrome d’immunodéficience acquise, dont l’acronyme s’est d’abord écrit SIDA, puis s’est totalement intégré dans le lexique sous la forme sida. Avec le temps, l’usage intensif tend à « éroder » les lettres capitales de ces noms communs, comme en témoignent ces autres exemples : laser, ovni, cégep. (On observe par ailleurs que le nom de maladie SRAS résiste plus à la minusculisation, peut-être parce que la séquence de lettres initiales sr n’est pas sentie comme très naturelle pour un mot français.) La minusculisation intégrale est à plus forte raison recommandée quand, comme c’est le cas pour COVID-19, certains des éléments constitutifs de l’acronyme sont des syllabes, et non seulement des initiales. Deux autres exemples de ce type, aussi d’origine anglaise : radar (radio detection and ranging) et modem (modulator demodulator).

Quant à la graphie à casse « mixte » Covid-19, son unique majuscule en position initiale, qui lui donne fâcheusement une allure de nom propre, n’est pas justifiée pour un nom commun de maladie. Cette forme bâtarde est à fuir comme la peste.

Les mêmes remarques valent pour les variantes sans 19 : on préfèrera les formes COVID ou covid à Covid. On n’écrit pas la Grippe, alors pourquoi écrire la Covid ?

Pluriel

Même si un nom de maladie comme COVID-19 se prête peu à un emploi au pluriel, on peut se poser la question de l’écriture de ce pluriel. Comme le nom se termine par des chiffres, nous recommandons de le laisser invariable :

des COVID-19
des covid-19

Pour la forme amputée du millésime, nous recommandons aussi l’invariabilité si elle écrite en capitales, mais l’ajout du s du pluriel si on préfère l’écrire en minuscules  :

des COVID
des covids

Cette distinction est conforme à la pratique habituelle pour les acronymes de ce type, dont la minusculisation intégrale et la marque régulière du pluriel sont les deux indicateurs habituels d’une lexicalisation plus complète.

Masculin ou féminin ?

Autre source d’hésitation, le genre : faut-il dire la COVID-19 ou le COVID-19 ?

L’OMS, qui est à l’origine du terme, l’emploie au féminin. Ce choix va dans le sens de ce qui est généralement recommandé pour le genre des sigles ou acronymes d’origine étrangère : on se base sur le genre qu’aurait en français l’équivalent du mot noyau de l’expression étrangère. Notre Point de langue sur les sigles et acronymes donnait ces deux exemples :

Central Intelligence Agency  →  la C.I.A. (agency = agence, féminin)
Federal Bureau of Investigation  →  le F.B.I. (bureau = bureau, masculin)

Sur ce modèle, on a donc bien :

coronavirus disease → la COVID-19 (disease = maladie, féminin)

Au Québec, l’OQLF a suivi l’OMS en prônant aussi le genre féminin, que les médias québécois ont massivement adopté.

En Europe francophone, la situation est moins simple, les médias ayant plutôt eu tendance à employer le masculin. Certains facteurs ont pu contribuer à la chose. Par exemple, on a vu plus haut que les gens confondent souvent le virus et la maladie dont il est l’agent infectieux. Ils utilisent le terme COVID-19 tout en faisant plutôt référence au virus ; et, comme les mots virus et coronavirus sont du genre masculin, celui-ci aurait « contaminé » le genre de COVID-19. Autre chose qui a pu jouer : en français, il n’existe pas de nom commun féminin courant se terminant par la finale graphique -⁠id appuyée sur une consonne. Le genre masculin a pu sembler plus naturel pour un mot se terminant ainsi. Pour un nom féminin, on s’attendrait peut-être à voir la finale -⁠ide, comme dans la (fièvre) typhoïde.

En mai 2020, l’Académie française s’est prononcée sur la question du genre de COVID-19. Tout en reconnaissant que le masculin est répandu, elle indique une préférence pour le féminin, dont elle encourage l’emploi.

Pour sa part, Antidote ne corrige pas carrément l’emploi du masculin, mais rappelle dans une alerte que le féminin a la préférence des organismes mentionnés dans la présente section.

Pandémie mondiale : pléonasme ?

Cette question posée par un utilisateur d’Antidote n’est pas directement liée au mot du mois, mais à la chose : l’expression pandémie mondiale est-elle un pléonasme ? Une pandémie est-elle nécessairement mondiale ?

Le dictionnaire d’Antidote définit ainsi le nom pandémie : « Épidémie qui atteint les populations d’une zone géographique très étendue. » Une pandémie touche une vaste région géographique, mais pas nécessairement toute la planète. Une maladie donnée pourrait en principe atteindre l’ampleur de pandémie européenne ou de pandémie africaine sans devenir mondiale. L’adjectif mondiale n’est donc pas nécessairement redondant, même si, de nos jours, la mondialisation des épidémies est facilitée par la plus grande mobilité de la population.

La question est peut-être née d’un rapprochement avec l’expression panacée universelle, qui, elle, est considérée comme un pléonasme à éviter, puisque le nom panacée, qui partage avec pandémie le préfixe d’origine grecque pan- (« tout »), est lui-même défini comme étant un « remède universel », c’est-à-dire pouvant guérir toutes les maladies. Est-il besoin de préciser que la panacée ne se trouve toujours pas en pharmacie ?

Conclusion

Le logiciel Antidote, malgré son nom, ne peut malheureusement pas nous préserver du danger de la COVID-19, mais en suivant ses prescriptions en matière d’écriture, on devrait pouvoir en parler de façon soignée, en attendant et en souhaitant que l’actualité redevienne vide de covid.


  1. Sur la distinction entre majuscule et capitale, ainsi qu’entre minuscule et bas-de-casse, voir la première section du Point de langue intitulé Faut-il accentuer les majuscules et les capitales ? 

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