Enquêtes linguistiques

Émois printaniers

Avril 2013 Histoire de mots

Le printemps annonce l’éveil de la vie. C’est le temps de l’amour, de la beauté, de l’abondance des fleurs, des plantes et des animaux, thèmes qui seront évoqués dans cette histoire de mots portant sur les mois printaniers avril et mai et qui sauront faire oublier les rigueurs de l’hiver. On s’attardera aussi sur deux fêtes bien différentes, célébrées le premier jour de chacun de ces mois.

avril

Avril provient du latin classique aprilis. On y reconnait bien le suffixe -ilis ‘relatif à’, mais le radical apr- reste mystérieux. On a échafaudé plusieurs hypothèses quant à la nature de ce radical, dont trois sont plus populaires que les autres. La première suppose que le mois d’avril rend hommage à une divinité, comme le feraient janvier, mars, mai et juin. Pourrait-il s’agir d’Aphrodite, déesse grecque de l’amour et de la beauté, la seule dont le nom présente une certaine analogie avec aprilis ? La deuxième hypothèse fait dériver aprilis de aperire ‘ouvrir’ en expliquant que le mois d’avril « ouvre » la terre avec l’éclosion des fleurs, la croissance des plantes, etc. La troisième le fait remonter mystérieusement au mot aper ‘sanglier’.

Le mot français a été obtenu par l’affaiblissement du [p] de aprilis en [v], tout comme pauvre provient de pauper(em). Au XVIIe siècle, on ne prononçait pas le l final ; plus récemment, il s’est prononcé mouillé, comme dans la prononciation espagnole du ll de llano ‘plaine’. Ainsi, de 1762 à 1835, l’Académie française recommandait la prononciation avec l mouillé ; si l’auguste institution sentait le besoin de cette mise au point, c’est que la prononciation moderne en [l] devait déjà être répandue.

Le premier avril est marqué par une fête originale, le « poisson d’avril », au cours de laquelle on s’amuse aux dépens d’autrui, notamment en lui fixant à son insu un poisson dans le dos. L’origine de cette fête est souvent attribuée au déplacement du jour de l’An par l’édit de Roussillon du roi Charles IX en 1564. En effet, alors qu’auparavant le jour de l’An était célébré dans plusieurs régions de France à Pâques (fête mobile souvent célébrée en avril) ou à l’Annonciation (célébrée le 25 mars), cet édit en fixa la date au premier janvier. Probablement pour railler ceux qui continuaient à célébrer le jour de l’An à l’ancienne date, plus ou moins proche du premier avril, le vrai cadeau du jour de l’An était remplacé par un faux, soit un poisson. Le choix du poisson peut être expliqué de plusieurs façons. Premièrement, il pourrait rappeler Pâques ou l’Annonciation, puisque les deux fêtes sont liées au Christ et que celui-ci est symbolisé par le poisson ; deuxièmement, le poisson était autorisé pendant le carême et pouvait donc être offert ; troisièmement, le poisson d’avril est célébré juste après la période zodiacale des Poissons.

mai

Le nom du mois de mai (en latin, maius) rappellerait Maïa (en latin, Maia), déesse romaine de la croissance et de la terre, plus tard confondue avec la divinité grecque homonyme, l’ainée des Pléiades et mère d’Hermès. Le nom latin est possiblement lié à magnus ‘grand’, à l’origine des mots français magnifier et magnitude.

En plus de désigner un mois, mai a désigné aussi, en ancien français, le feuillage des arbres au mois de mai, puis, en moyen français, un jeune arbre planté le premier mai pour rendre hommage à quelqu’un. Cette dernière coutume, encore vivante dans certaines régions françaises, a été remplacée par l’offrande à la femme aimée d’un bouquet de muguet, sans doute plus facile à offrir qu’un arbre… Le mois de mai a inspiré également deux noms végétaux vernaculaires : rose de mai et pomme de mai. Le premier désigne un arbuste européen, le rosier cent-feuilles (Rosa centifolia), dont la récolte des boutons floraux se fait généralement en mai ; le second, une plante nord-américaine à feuilles profondément lobées et à fleur blanche unique, le podophylle pelté (Podophyllum peltatum), dont le nom est simplement calqué de l’anglais May apple. Le nom porte à confusion, puisque c’est la fleur, et non pas le fruit, qui est produite en mai.

Le premier mai est de nos jours beaucoup plus connu comme la Journée internationale des travailleurs. Elle a été instaurée en 1889 à l’occasion du centenaire de la Révolution française en commémoration de la lutte des ouvriers américains en 1886, qui manifestaient en faveur de la journée normale de travail de huit heures, et des évènements sanglants qui s’ensuivirent à Chicago. Bien qu’elle soit marquée dans plusieurs parties du monde par un défilé dans les rues, les syndicats d’Amérique du Nord ont peu suivi le mouvement, sauf ceux du Québec. Elle est appelée fête du Travail en France (depuis 1948 ; fériée depuis 1947), mais fête des Travailleurs au Canada (non fériée), le terme de fête du Travail y étant déjà réservé pour désigner le jour férié du premier lundi de septembre.

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