Enquêtes linguistiques

Jours de la semaine

avril 2019

Le jour est venu de passer en revue les principales difficultés d’écriture liées à l’emploi des noms de jours de la semaine, soit :

lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche

Genre et nombre

Bien qu’ils s’apparentent parfois à des adverbes temporels par leur comportement syntaxique, ces mots sont bien des noms communs, des noms masculins et variables en nombre. Ils prennent donc un s au pluriel. Les éventuels déterminants et adjectifs qui s’y rattachent s’accordent en conséquence :

un dimanche ensoleillé
des dimanches ensoleillés

Minuscule et majuscule

En français, les noms de jours, comme tout nom commun, s’écrivent avec une minuscule initiale dans du texte suivi :

La réunion aura lieu jeudi.
Il est né le mardi 7 mai 1946.

Noms de fêtes

Profitons de ce mois pascal pour rappeler que, dans un nom de fête religieuse, civile ou commerciale qui contient le nom d’un jour de semaine, celui-ci conserve la minuscule s’il est suivi d’un nom complément qui constitue l’élément spécifique du nom de la fête. Ce nom spécifique prend quant à lui la majuscule :

le mercredi des Cendres (ou simplement les Cendres)
le dimanche des Rameaux (ou simplement les Rameaux)
le lundi de Pâques (lundi qui suit Pâques)

En revanche, c’est le nom du jour de semaine qui prend la majuscule si l’élément spécifique est seulement un adjectif qui le qualifie. Ce dernier ne prend la majuscule que s’il est placé devant le nom :

le Mardi gras
le Vendredi fou (jour de fin novembre marqué par des soldes)
le Super Vendredi (autre nom du Vendredi fou)

À noter que, si l’adjectif spécifique qui suit est saint, la majuscule au nom du jour est facultative, certains ouvrages de référence préférant la minuscule :

le Vendredi saint ou le vendredi saint

Noms d’évènements historiques

Pour les noms d’évènements historiques, on applique les mêmes règles que pour les noms de fêtes :

le Dimanche rouge (émeute inaugurant la révolution russe de 1905)
le Jeudi noir (début du krach boursier de 1929)

Déterminant

Quand, dans le corps du texte, un nom de jour de semaine est employé sans déterminant, il fait habituellement référence au jour de ce nom qui est le plus rapproché dans le passé ou dans le futur par rapport au moment de l’énonciation. Le contexte, par exemple le temps du verbe, permet normalement de comprendre s’il s’agit du passé ou du futur :

Il est venu mardi. (= mardi dernier)
Il viendra mardi. (= mardi prochain)

On emploie dans le même sens, mais plus rarement, le déterminant démonstratif :

Il est venu ce mardi.
Il viendra ce mardi.

Quand le nom du jour n’est pas précisé par une date, le déterminant défini (le ou les) indique habituellement une action répétée chaque semaine :

Elle s’entraine le mardi. (= chaque mardi)
Elle s’entraine les mardis. (= tous les mardis)

Dans du texte suivi, on emploie aussi le déterminant devant le nom du jour quand celui-ci est accompagné d’une date. Attention de ne pas placer le déterminant entre le jour et la date :

Je suis né le mardi 7 mai 1946.
*Je suis né mardi le 7 mai 1946.

En principe, la seconde phrase ci-dessus ne pourrait être correcte que si elle était énoncée dans le courant de la semaine suivant immédiatement cette date, ce qui ferait de l’énonciateur un bébé très précoce !

Difficultés de nombre et d’accord

Dates coordonnées

Dans l’indication de dates coordonnées avec et, on évitera de répéter un même nom de jour de semaine et le déterminant qui précède. Ainsi, dans le deuxième exemple de la paire ci-dessous, on a supprimé la deuxième occurrence de le mardi et on a remplacé la première par la forme plurielle les mardis, qui s’applique alors aux deux dates.

Les réunions auront lieu le mardi 7 mai et le mardi 4 juin.
Les réunions auront lieu les mardis 7 mai et 4 juin.

Dans la paire d’exemples qui suit, où le mois est le même pour les deux dates, on supprime aussi la répétition du nom de mois. Comme celui-ci suit le quantième (le numéro), ce n’est pas la première, mais la dernière occurrence de mai qui est conservée. Le nom de mois reste au singulier :

Les réunions auront lieu le mardi 7 mai et le mardi 14 mai.
Les réunions auront lieu les mardis 7 et 14 mai.

Quand chacune des dates est précédée d’un nom de jour différent, on répète le déterminant le :

Les réunions auront lieu le mardi 7 et le jeudi 9 mai.
*Les réunions auront lieu les mardi 7 et jeudi 9 mai.

Périodicité

On a vu que le déterminant défini peut conférer une valeur de répétition, de périodicité (le mardi ou les mardis). Des difficultés d’écriture peuvent se présenter dans cet emploi, notamment avec des noms de jours coordonnés. Prenons ces exemples :

Elle s’entraine le mardi et le jeudi. (= chaque mardi et chaque jeudi)
Elle s’entraine les mardis et les jeudis. (= tous les mardis et tous les jeudis)

Dans ces coordinations, on omet souvent le deuxième déterminant. Deux façons d’écrire sont alors envisageables :

Elle s’entraine les mardi et jeudi.
Elle s’entraine les mardis et jeudis.

La première façon peut se justifier comme dérivant de la coordination le mardi et le jeudi, avec mise en commun et mise au pluriel du déterminant conservé. Voici des exemples semblables qui peuvent aider à saisir cette analyse :

Elle aime ses père et mère.
Elle écrit ses nom et prénom.

Cette façon d’écrire est d’un registre plutôt soutenu, pour ne pas dire « endimanché ». Dans cette construction, on écrit plus couramment les noms de jours au pluriel, suivant la deuxième façon mentionnée, en analysant la phrase comme dérivant plutôt de la coordination les mardis et les jeudis, avec simple omission du deuxième déterminant.

On insiste parfois sur la régularité de la périodicité en ajoutant la mention de chaque semaine :

Elle s’entraine le mardi de chaque semaine.

Cette insistance peut occasionner des difficultés d’écriture. On évitera alors le déterminant pluriel qui n’est guère compatible avec la présence du singulier chaque semaine. On obtiendrait une phrase plutôt maladroite qui télescope l’aspect pluriel de tous les mardis et l’aspect singulier de le mardi de chaque semaine :

*Elle s’entraine les mardis de chaque semaine.
*Elle s’entraine tous les mardis de chaque semaine.

Un déterminant pluriel est par ailleurs possible dans une coordination, s’il résulte de la mise en commun de deux déterminants au singulier. Les noms de jours restent au singulier :

Elle s’entraine le mardi et le jeudi de chaque semaine.
Elle s’entraine les mardi et jeudi de chaque semaine.
*Elle s’entraine les mardis et jeudis de chaque semaine.

La coexistence d’un nom de jour au pluriel avec le mot semaine au singulier ne s’envisagerait guère que dans un exemple tordu de ce genre :

Elle s’entraine tous les jeudis de la semaine des quatre jeudis.

Façon élégante de laisser entendre qu’elle ne s’entraine jamais !

D’autres difficultés se posent dans des constructions similaires faisant intervenir les syntagmes de chaque mois ou du mois. Puisqu’un mois contient plusieurs jours du même nom, on mettra ce nom au pluriel le cas échéant :

Elle s’entraine (tous) les mardis du mois, de chaque mois.

Les hésitations concernent notamment les coordinations mettant en jeu des déterminants tels que premier, deuxième et dernier. Voici d’abord une formulation correcte, mais plutôt lourde :

Elle s’entraine le premier mardi et le dernier mardi du mois.

On peut omettre la première occurrence de mardi :

Elle s’entraine le premier et le dernier mardi du mois.

On peut aussi omettre le deuxième déterminant le et mettre au pluriel le premier déterminant ainsi que le nom du jour :

Elle s’entraine les premier et dernier mardis du mois.

Comme il n’y a qu’un seul « premier mardi » et un seul « dernier mardi » dans un mois, les mots premier et dernier sont laissés au singulier. Cela dit, leur mise au pluriel est parfois admise :

Elle s’entraine les premiers et derniers mardis du mois.

On justifie ces pluriels par la volonté d’insistance sur la répétition mensuelle : dans une année, il y a plusieurs « premier mardi du mois » et plusieurs « dernier mardi du mois ». Il est vrai que le syntagme du mois est plus ambigu que de chaque mois : il peut dans certains contextes faire référence à un mois particulier implicite, sans idée de répétition mensuelle, d’où cette volonté légitime de clarifier l’idée de répétition par la mise au pluriel des mots premiers et derniers. En revanche, ces pluriels paraissent moins justifiés avec le syntagme de chaque mois, non ambigu quant à la répétition :

Elle s’entraine les premier et dernier mardis de chaque mois.
*Elle s’entraine les premiers et derniers mardis de chaque mois.

Les mardis matin ou les mardis matins ?

Lorsqu’un mot comme matin est apposé à un nom de jour de la semaine et que celui-ci est au pluriel, faut-il accorder matin ?

On considère généralement que matin prend dans ce contexte une valeur adverbiale (« au matin », « le matin ») et qu’il est invariable :

Elle s’entraine tous les mardis matin.

Mais l’accord est assez fréquent (sans doute sous l’influence de l’expression tous les matins) pour être toléré par certains grammairiens :

Elle s’entraine tous les mardis matins.

Cet accord facultatif vaut pour les autres mots qui peuvent s’apposer aux noms de jours : soir, midi, avant-midi, après-midi :

S’étant assez entrainée la semaine, elle sort tous les samedis soir(s).

Conclusion

Si l’on n’a pas assimilé du premier coup tous ces conseils relatifs aux noms de jours (à chaque jour suffit sa peine), on pourra les relire périodiquement, par exemple tous les premier et troisième mardis matin de chaque mois.

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