Enquêtes linguistiques

Joyeuse venue !

décembre 2013

Les prochaines semaines revêtent pour les chrétiens une importance particulière, car ils se préparent spirituellement à la venue au monde de Jésus-Christ, célébrée à Noël. Profitons donc de l’occasion pour nous pencher sur l’origine de cette fête et de son nom. Nous traiterons également de la période de préparation à cette venue, appelée avent, ainsi que d’une fête, appelée Épiphanie, célébrant aussi une autre venue, celle des rois mages. Parions qu’en lisant cette histoire, vous serez tenté de souhaiter Joyeuse venue ! ou Joyeuse naissance ! à vos parents et amis pendant les fêtes au lieu de lancer le traditionnel Joyeux Noël !

avent

L’avent désigne la période précédant Noël, fête de la naissance de Jésus-Christ. L’Église prépare alors les fidèles à sa première venue, soit sa naissance, mais aussi à sa seconde : son retour à la fin des temps. Après avoir connu plusieurs dates selon les époques et les régions, à la fin du XIIIe siècle, le début de l’avent a été fixé par l’Église catholique au quatrième dimanche avant Noël.

Le mot avent provient du latin chrétien adventus désignant cette période de préparation. Cependant, à l’origine, le mot désignait la naissance de Jésus-Christ proprement dite, puisqu’en latin classique, adventus signifie ‘arrivée’, et non pas ‘préparation’. Le mot classique est une nominalisation du participe passé du verbe advenire ‘arriver’, se décomposant en ad ‘arriver’ et venire ‘venir’. Le verbe français advenir possède la même origine.

Avent est connu en français depuis le début du XIIe siècle. On l’écrivit d’abord advent, puis avent sous l’influence d’autres mots semblables comme avenir ou son homonyme avant. La forme moderne, apparue dès le début du XIIIe siècle, deviendra la plus courante en moyen français, mais elle ne réussira à éliminer complètement l’ancienne qu’en français classique.

Noël

Les deux fêtes chrétiennes les plus connues de nos jours sont Noël, qui célèbre la naissance de Jésus-Christ, et Pâques, qui célèbre sa résurrection. La résurrection du Christ étant plus centrale au christianisme que sa naissance, Noël a occupé pendant longtemps une place moins importante que Pâques; mais il lui a ravi la première place depuis qu’il a acquis un caractère plus profane. Sa moindre importance d’antan explique en tout cas que sa date ait été fixée définitivement bien après celle de Pâques. En effet, ce n’est qu’au IVe siècle qu’on fixa Noël au 25 décembre, notamment pour supplanter les rites païens qui avaient cours autour de cette date, comme les saturnales (fête de Saturne) et le Soleil invaincu (fête perse du Soleil adoptée par les Romains).

À l’origine du mot Noël se trouve la locution natalis dies du latin chrétien, qui signifie ‘jour de naissance de Dieu’. On en a extrait natalis, qui est passé en français sous sa forme accusative natalem. Le temps a fait subir à cette forme divers changements phonétiques réguliers, dont les principaux sont la chute du m final (dès le Ier siècle) et du e précédent (au VIIe siècle) ainsi que l’affaiblissement progressif du t, qui passa par d (au Ve siècle), puis dh ([d] fricatif, vers le VIIIe siècle) avant de s’amuïr en ancien français (comme muer provenant de mutare). On aurait dû obtenir la forme Nael, d’ailleurs attestée au Moyen Âge, mais le premier a est devenu o, probablement pour accentuer le contraste phonétique entre deux voyelles similaires dorénavant en contact, préservant ainsi leur hiatus.

Au XVIIe siècle apparait l’expression la Noël, qui constitue vraisemblablement l’ellipse de la fête de Noël. Écrit avec une minuscule, noël désigne aussi, depuis le XVIe siècle, un cantique chanté à Noël et, plus récemment dans la langue familière, un cadeau offert à Noël.

Épiphanie

L’Épiphanie, fixée au 6 janvier ou au premier dimanche suivant le jour de l’An, célèbre la venue du Christ dans le monde ainsi que la visite des mages orientaux venus l’honorer avec des présents : de l’or, de la myrrhe et de l’encens. La visite de ces mages n’étant mentionnée que brièvement dans l’Évangile selon saint Matthieu, on a jugé bon, par la suite, d’étoffer l’histoire en précisant leur nombre (trois), leur nom (Gaspard, Melchior et Balthazar) et en leur attribuant le titre de « rois ». La tradition de déclarer roi ou reine la personne qui trouve la fève cachée dans un gâteau préparé pour l’occasion constituerait le prolongement des saturnales de la Rome antique fêtées au solstice d’hiver. En effet, c’est lors de cette fête que les esclaves prenaient la place de leurs maitres et étaient faits « rois ».

Le latin chrétien appelait cette fête epiphania, mot emprunté directement au grec chrétien epiphaneia référant à la venue du Christ, soit à sa naissance (première venue), soit à son retour à la fin des temps (seconde venue). Le terme est une spécialisation du sens ‘apparition’ qu’il possédait en grec ancien. Epiphaneia se décompose en epi ‘sur, près’, phainein ‘apparaitre’ et ia ‘le fait de’.

En français, la forme épiphanie apparait au XVIIe siècle (d’abord sans accent aigu). Elle remplace d’anciennes formes plus francisées telles que epifaine. Le terme épiphanie a parfois été concurrencé dans la langue religieuse par celui de théophanie à partir du XVIIIe siècle. Dans la langue courante, ces termes savants sont remplacés par des expressions rappelant la venue des rois mages telles que fête des Rois (mages), jour des Rois ou, plus familièrement, les Rois.

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