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Décembre 2013 Histoire de mots

Le mois de juin correspond aux Gémeaux, signe astrologique signifiant ‘jumeaux’, et c’est là une véritable prédestination étymologique. Comme on le verra ci-dessous, juin et juillet sont en effet des jumeaux étymologiques, le second étant le plus petit des deux. On découvrira aussi leur rapport avec des figures marquantes du début et de la fin de la République romaine, Lucius Junius Brutus et Jules César. Enfin, pour vous préparer au repos estival, nous évoquerons les principales fêtes célébrées au cours de ces deux mois. Bon été !

juin

L’étymologie de juin (junius en latin) balance entre deux hypothèses. Ce mois honorerait Junon, déesse romaine de la fertilité, ou encore Lucius Junius Brutus, fondateur de la République romaine (509 av. J.-C.). Comme les mois précédents, il n’a pas été nommé selon son numéro d’ordre dans le calendrier romain, qui débutait originellement en mars. Le compte débutera à partir du mois suivant : quintilis (littéralement ‘cinquième’, correspondant à juillet, présenté plus bas), sextilis (littéralement  ‘sixième’, correspondant à aout), september (littéralement  ‘septième’, correspondant à septembre), etc.

Juin est, dans l’hémisphère nord, le mois pendant lequel se produit le solstice d’été, moment de l’année où le soleil passe le plus haut dans le ciel et y demeure le plus longtemps durant la journée. Depuis des temps immémoriaux, cet évènement est l’objet de célébrations diverses à travers le monde, notamment de grands feux rappelant l’abondance de lumière et la promesse de la fertilité. Pour supplanter la fête païenne, l’Église décida au IVe siècle de célébrer autour du solstice d’été (le 24 juin) la naissance de saint Jean le Baptiste, le prophète qui annonça l’avènement de Jésus, comme elle l’avait fait pour le solstice d’hiver avec Noël (le 25 décembre). Le choix des dates pour ces deux fêtes religieuses symboliserait l’effacement de Jean le Baptiste devant l’influence grandissante du Messie, incarné par Jésus. En effet, la durée du jour diminue après le solstice d’été, alors qu’elle augmente à partir de celui d’hiver.

En France, la fête de la Saint-Jean occupait autrefois une grande place. Elle débutait généralement avec une messe matinale, se poursuivait avec de la musique, des jeux, des rites de passage et se terminait le soir par un feu de joie. Bien qu’ayant perdu quelque peu de son importance, elle persiste toujours dans plusieurs régions, où le feu joue en général un rôle central. Transportée en Nouvelle-France, la Saint-Jean fut proclamée en 1834 fête officielle des Canadiens français par Ludger Duvernay, fondateur de la société Saint-Jean-Baptiste. Peu après s’instaure la tradition d’un défilé religieux en l’honneur de saint Jean le Baptiste. En 1925, la fête devient congé férié au Québec et, en 1977, fête nationale du Québec. Son caractère religieux n’est plus central, mais elle joue un rôle d’instrument d’affirmation nationale par le biais de nombreuses manifestations culturelles (grands spectacles de chansons, feux d’artifice, défilé, discours patriotiques, activités diverses dans les quartiers).

juillet

Juillet est la corruption par juil de juinet, deux mots d’ancien français signifiant ‘juillet’. Le mot juinet est un diminutif de juin, parce que l’on considérait que le mois de juillet était la répétition du mois de juin. Juil, quant à lui, provenait directement du latin Julius (mensis) ‘(mois) de Jules (César)’. Initialement, on l’appelait simplement par son numéro d’ordre dans le calendrier romain (débutant en mars), soit le cinquième mois (quintilis [mensis] en latin). Cette numérotation s’est par ailleurs conservée jusqu’à nos jours pour les quatre derniers mois : septembre (7), octobre (8), novembre (9) et décembre (10).

À l’origine, le calendrier républicain ne comportait généralement que 355 jours. La différence avec les 365,25 jours (environ) de l’année tropique était compensée par un mois intercalaire ajouté selon l’humeur du grand pontife, chef du culte chez les Romains. En 46 av. J.-C., Jules César mit fin à cette instabilité : il supprima le mois intercalaire et, à la place, allongea certains mois et introduisit un jour intercalaire chaque quatrième année, qu’on appela année bissextile. Rectifié sous le pape Grégoire XIII en 1582, ce calendrier est toujours en vigueur aujourd’hui. Pour honorer le créateur du nouveau calendrier, le sénat décida, lors de son entrée en vigueur en 45 av. J.-C., de donner son prénom au mois de juillet, le mois de sa naissance. Quelques années plus tard, le mois d’aout acquerra son nom d’une façon similaire à partir du titre de son fils adoptif (à suivre dans la prochaine histoire de mots). Par une ironie du sort, parmi les conjurés qui assassinèrent César figurait le fils de sa maitresse, Marcus Junius Brutus, descendant présumé de… Lucius Junius Brutus.

Le mois de juillet est particulièrement riche en fêtes nationales. Le Canada honore le 1er juillet la date de la prise d’effet en 1867 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, pendant que les États-Unis fêtent le 4 juillet l’anniversaire de la proclamation en 1776 de leur Déclaration d'indépendance. Le 14 juillet, la France célèbre la prise de la Bastille en 1789, qui mènera à l’instauration de la République, alors que la Belgique commémore son indépendance le 21 juillet, date de la prestation de serment en 1831 de son premier roi, Léopold Ier.

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