Enquêtes linguistiques

Pour afficher une belle assurance

Août 2010 Points de langue

Le terme financier assurance occasionne parfois des difficultés d’écriture. Voici les questions les plus fréquentes à son sujet.

Singulier ou pluriel : agent d’assurance ou agent d’assurances ?

Comme nous le rappelle le dictionnaire d’Antidote, l’un des sens du nom assurance est « garantie formelle selon laquelle une personne se verra indemnisée à la suite d’éventuels dommages ou évènements fâcheux ». Par extension, le mot peut désigner le document attestant cette garantie, l’entreprise qui offre cette garantie, ou encore le secteur professionnel spécialisé dans ce type de contrat. Dans certains contextes, on peut se demander si le mot assurance devrait être au singulier ou au pluriel, notamment dans des locutions comme agent d’assurance(s). On peut dégager certaines tendances.

Quand le mot assurance désigne concrètement l’action de s’assurer et le contrat qui en résulte, c’est le singulier assurance qui s’impose :

Un contrat d’assurance.
Une police d’assurance.
Une prime d’assurance.
Une opération d’assurance.

Quand le mot désigne le secteur professionnel ou une entreprise, le pluriel se rencontre souvent :

Elle travaille dans le secteur des assurances.
Elle travaille dans les assurances. (plus familier)
Il fait affaire avec les Assurances Untel. (nom d’entreprise)

Parmi les locutions du type nom + d’assurance, voici des cas où le pluriel assurances est assez fréquent :

Une compagnie d’assurances.
Une société d’assurances.
Un agent d’assurances.
Un courtier d’assurances (ou courtier en assurances).

Le pluriel met l’accent sur la diversité, sur le fait que l’on traite de toutes sortes d’assurances. Cela dit, le singulier assurance est lui aussi répandu et correct dans ces expressions. Le singulier met l’accent sur la généralité du concept plutôt que sur la diversité de ses formes :

Elle travaille dans le secteur de l’assurance.
Une compagnie d’assurance.
Un agent d’assurance.

Pour la raison de sa plus grande généralité, le singulier nous parait préférable dans les expressions de ce type1.

Trait d’union ou non : assurance vie ou assurance-vie ?

Les types d’assurances sont innombrables : assurance contre le vol, assurance en cas de décès, assurance sur la vie, assurance relative à l’automobile, assurance d’accès aux médicaments, etc. Ces appellations sont habituellement abrégées dans une forme où l’on supprime tout ce qui se trouve entre le mot assurance et le nom complément :

assurance sur la vie → assurance vie
assurance en cas de décès → assurance décès
assurance contre le vol → assurance vol
assurance relative à l’automobile → assurance automobile
assurance d’accès aux médicaments→ assurance médicaments

On pourrait regretter qu’avec la perte de la préposition, ces formes elliptiques perdent un peu en clarté ce qu’elles gagnent en brièveté.

Les plus fréquents de ces termes en sont venus à être consignés dans les dictionnaires. Cette lexicalisation est parfois graphiquement renforcée par la présence d’un trait d’union :

assurance vie ou assurance-vie
assurance vol ou assurance-vol
assurance maladie ou assurance-maladie

L’usage est flottant quant à l’emploi de ce trait d’union, hésitation qui se reflète dans les dictionnaires, qui ne s’accordent pas toujours. Par exemple, le dictionnaire de l’Académie française2 écrit assurance vie, sans trait d’union, alors que le mot est écrit assurance-vie dans le Petit Larousse 2008 et le Petit Robert 2010. Par ailleurs, ces deux derniers divergent entre eux sur assurance(-⁠)maladie, que seul le Petit Larousse écrit avec un trait d’union. On pourrait facilement allonger la liste des divergences sur ce point entre les ouvrages de référence.

Certains ont voulu établir une nuance sémantique : interdire le trait d’union quand le second élément est un nom désignant un objet concret et utiliser le trait d’union dans les autres cas. Par exemple, il faudrait écrire assurance habitation d’une part et assurance-maladie d’autre part, car une habitation est un objet concret, contrairement à une maladie. Mais ce critère distinctif a été peu suivi en pratique.

Antidote autorise généralement les deux graphies pour toutes les locutions de ce type (assurance vie ou assurance-vie), tout en rappelant dans une note que la tendance est plutôt de le laisser tomber.

De même, l’Office québécois de la langue française1 considère que le trait d’union est facultatif dans ces expressions, mais recommande de privilégier la graphie sans trait d’union (assurance vie), considérant celle-ci comme plus conforme à l’usage actuel, du moins au Québec, où les variantes sans trait d’union sont utilisées dans la langue de l’Administration provinciale : assurance maladie, assurance médicaments, assurance automobile, etc. Un avis similaire est donné par le Bureau de la traduction3 du gouvernement du Canada. (Sur le cas particulier d’assurance-emploi, voir la section 5 ci-dessous.)

Si le mot qui suit le nom assurance est un adjectif, la question ne se pose plus : cet adjectif ne devrait jamais être lié par un trait d’union :

assurance maritime
assurance sociale
assurance multirisque

On rencontre parfois la variante assurance-sociale, mais ce trait d’union non justifié est à proscrire. Sur assurance multirisque, voir aussi la section 4 ci-dessous.

Pluriel des composés : des assurances vie ou des assurances vies ?

Indépendamment de la présence ou non du trait d’union, les locutions où le mot assurance est suivi d’un nom en apposition peuvent susciter une autre question : dans les contextes où le mot assurance est écrit au pluriel, faut-il aussi mettre au pluriel le nom apposé ?

Règle générale, ce nom apposé doit être laissé invariable :

Une assurance vie, des assurances vie.
Une assurance vol, des assurances vol.
Une assurance automobile, des assurances automobile.

Cela s’explique si l’on se rappelle les formulations sous-entendues :

Des assurances (sur la) vie.
Des assurances (contre le) vol.
Des assurances (relatives à l’)automobile.

Signalons au moins une exception. Les ouvrages qui mentionnent le terme assurance crédit accordent souvent crédit au pluriel :

Une assurance crédit, des assurances crédits.

On voit mal ce qui justifie ce pluriel particulier, à moins que l’expression doive être interprétée ainsi :

Des assurances (qui servent de, qui sont des) crédits.

Mais cette interprétation ne semble pas vraiment correspondre au sens de ce terme, qu’Antidote définit comme un « contrat d’assurance garantissant un créancier contre un éventuel non-paiement de la part de son débiteur ». L’invariabilité de crédit nous semble aussi légitime, correspondant à l’interprétation :

Des assurances (de, sur le) crédit.

Pour tenir compte à la fois de l’usage et de la logique, Antidote considère comme facultative la variabilité de crédit dans le pluriel de cette expression.

Notons par ailleurs que, dans quelques expressions, le nom apposé est utilisé au pluriel même quand assurance est au singulier. Par exemple :

Une assurance médicaments, des assurances médicaments. Une assurance bagages, des assurances bagages.

Ces cas s’expliquent par le sens : une assurance médicaments est une assurance d’accès aux médicaments ; une assurance bagages est une assurance contre la perte des bagages.

Enfin, si le mot qui suit assurance est un adjectif, celui-ci s’accorde selon son habitude :

Une assurance maritime, des assurances maritimes.
Une assurance sociale, des assurances sociales.

Assurance multirisque ou assurance multirisques ?

Quand une assurance couvre des risques multiples de nature différente, elle est parfois appelée assurance tous risques (notamment dans le domaine de l’assurance automobile) ou assurance multirisque (notamment dans le domaine de l’assurance habitation).

Dans le terme assurance tous risques, forme elliptique d’assurance contre tous les risques, l’expression tous risques s’écrit toujours au pluriel :

Une assurance tous risques, des assurances tous risques.

Dans le terme assurance multirisque, l’adjectif multirisque porte le sens similaire de « plusieurs risques ». Puisque son préfixe multi- renferme une valeur de pluralité, cet adjectif est souvent écrit avec un s, même quand le nom assurance auquel il se rapporte est au singulier : une assurance multirisques. Nous recommandons toutefois de n’ajouter un s à multirisque que dans les cas où le nom assurance est lui-même au pluriel :

Une assurance multirisque, des assurances multirisques.

Pour plus de détails sur la question, voyez le Point de langue Questions multiples sur multi-⁠.

Deux questions terminologiques particulières au Canada

Assurance chômage ou assurance emploi ?

Le terme assurance chômage désigne de façon générale dans les pays francophones un régime d’assurance sociale destiné à indemniser un travailleur qui a perdu son emploi. Au Canada, dans la langue de l’Administration fédérale, ce terme a été remplacé par assurance-emploi (avec un trait d’union dans la terminologie officielle), depuis l’entrée en vigueur de la Loi sur l’assurance-emploi en 1996. Dans l’autre langue officielle, l’anglais, on est passé au même moment du terme unemployment insurance à employment insurance. En ces temps de rectitude politique, on a peut-être jugé le mot emploi plus valorisant que chômage. Une assurance contre les effets du chômage est-elle nécessairement l’assurance d’un emploi ? Quoi qu’il en soit, même si l’expression assurance chômage reste fréquemment utilisée dans la langue courante, on s’en tiendra, dans un contexte administratif canadien, au terme officiel assurance-emploi.

Assurance maladie ou assurance santé ?

Une assurance maladie est une assurance destinée à payer des couts liés aux soins de santé en cas de maladie. Au Québec, où tout le monde connait pourtant la Régie de l’assurance maladie, on rencontre parfois dans la langue courante l’expression assurance santé, calquée sur l’expression anglaise health insurance. Bien que le mot santé présente un visage indéniablement plus positif que maladie, ce calque assurance santé est à fuir comme la peste…

En faisant siennes les recommandations données ci-dessus, on devrait être muni d’une solide police d’assurance contre les hésitations devant le nom assurance.


  1. Office québécois de la langue française. Assurance, Banque de dépannage linguistique, 2002. 

  2. Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, version informatisée. 

  3. Bureau de la traduction. Assurance, Clefs du français pratique, 2010. 

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