Enquêtes linguistiques

Premier du mois et premier mois

Décembre 2012 Histoire de mots

Le premier jour du premier mois de l’année frappera bientôt à notre porte, entrainant un autre cycle du calendrier. L’occasion est donc belle pour explorer l’histoire du premier jour du mois romain, les calendes, à l’origine du mot calendrier, ainsi que celle du premier mois de l’année, janvier. Si l’histoire des noms de mois éveille votre curiosité, vous pourrez assouvir celle-ci en consultant les prochaines histoires de mots de 2013, tirées d’Antidote 8, qui exploreront l’histoire des autres mois au fur et à mesure qu’ils s’écouleront.

calendes, calendrier

Pendant la République romaine, le mois était officiellement rythmé selon trois repères à partir desquels les dates étaient numérotées à rebours : les calendes (premier jour), les nones (cinquième ou septième jour) et les ides (treizième ou quinzième jour). Concurremment à ce système, la vie courante était réglée selon une semaine marchande de huit jours, qui se terminait par le jour du marché et dont les jours étaient simplement identifiés par les huit premières lettres de l’alphabet (de A à H).

Il est probable que le nom latin désignant le premier jour, calendae, provienne d’un verbe archaïque calare signifiant ‘proclamer’, puisque le pontife proclamait aux calendes quel jour tombaient les nones. Comme il était aussi d’usage de rembourser les intérêts de ses dettes aux calendes, on appela le registre de compte qui consignait ces dettes calendarium, d’où le français calendrier. Comme pour perdrix issu du latin perdix, l’ancien français a ajouté un r superflu à la forme antérieure calendier (ou kalendier). D’autre part, l’absence de passage du c initial au ch (comme celui qui a donné chat à partir de cattus), typique de l’évolution du français, signale soit un emprunt au latin ou à une autre langue romane, soit une réfection sur calendarium de la forme indigène chalendrier, attestée en ancien français.

Le mot calendes est surtout connu aujourd’hui dans l’expression renvoyer quelque chose aux calendes grecques. La partie aux calendes grecques a été calquée à la Renaissance sur le latin impérial ad Calendas Graecas. Elle a été consignée la première fois par le polygraphe Suétone, qui la mettait dans la bouche de l’empereur Auguste. Comme les Grecs n’avaient pas de calendes dans leur calendrier, Auguste aurait utilisé cette expression pour signifier que le fait en question n’aurait jamais lieu. Le choix de ce jour pour cette expression a probablement été motivé par le fait qu’il constituait l’échéance des dettes ; donc, lorsqu’on disait qu’un débiteur allait nous rembourser aux calendes grecques, on n’était pas près de revoir la couleur de son argent…

janvier

Le mois de janvier honore Janus, dieu romain du passage, dont l’attribut, la clé, symbolisait l’ouverture et la fermeture des évènements. Janus avait la particularité de posséder deux visages, l’un tourné vers le commencement et l’autre vers la fin. Certains affirment que son rôle de portier suggère un lien avec janua, nom de la porte d’entrée en latin classique (qui a donné l’anglais janitor ‘concierge’, anciennement ‘portier’). D’autres voient plutôt dans Janus un ancien Dianus, correspondant masculin de Diana, déesse romaine de la chasse et de la lune.

À l’instar du mois de février, le mois de janvier n’est pas aussi ancien que les autres mois de l’année. En effet, le calendrier romain primitif commençait en mars et se terminait en décembre. Janvier et février n’existaient tout simplement pas, parce qu’on ne comptait pas les jours durant l’hiver. On les ajouta à la fin du calendrier peu après (VIIe siècle av. J.‑C.), mais dans l’ordre inverse de celui d’aujourd’hui : le mois de février précédait le mois de janvier. Janvier précède février depuis l’adoption du calendrier républicain (vers 450 av. J.‑C.).

L’appellation latine du mois de janvier, januarius, a été dérivée par l’ajout du suffixe -arius ‘relatif à’ au nom Janus. Altérée par le latin populaire en jenuarius, elle aboutit naturellement, en ancien français, à des formes en -en- telles que genever, rapidement refaites en -an- sous l’influence du latin écrit.

Le contenu de nos Histoires de motsest tiré des notices étymologiques du dictionnaire historique d’Antidote 8.

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