Enquêtes linguistiques

Quelques observations astronomiques

Février 2015 Points de langue

On nous demande :

Certains ouvrages de référence écrivent l’Étoile polaire, et d’autres l’étoile Polaire. Qui a raison ?

Profitons de cette question pour passer en revue quelques difficultés liées à l’écriture des noms français des astres.

Les noms génériques d’objets célestes (planète, étoile, etc.) sont des noms communs et s’écrivent normalement avec une minuscule :

On sait que cette planète est gazeuse.
Ces deux étoiles sont très brillantes.
C’est dans l’hémisphère boréal qu’est située cette constellation.

Quand on désigne un corps céleste particulier par son nom, celui-ci est un nom propre, qui prend la majuscule :

On sait que Jupiter est gazeuse.
Sirius et Véga sont très brillantes.
C’est dans l’hémisphère boréal qu’est située Hercule.

La tendance moderne est de donner à ces noms propres le genre du nom générique sous-entendu. Ainsi, dans ces exemples, les adjectifs sont accordés au féminin parce que les noms génériques sous-entendus sont féminins :

On sait que (la planète) Jupiter est gazeuse.
(Les étoiles) Sirius et Véga sont très brillantes.
C’est dans l’hémisphère boréal qu’est située (la constellation d’)Hercule.

Cela dit, quand le nom propre de l’astre est hérité du nom d’un personnage mythologique, on lui donne parfois le genre correspondant au sexe du personnage. C’est par exemple le cas des deux noms Jupiter et Hercule, qui sont parfois traités comme étant masculins :

On sait que Jupiter est gazeux.
C’est dans l’hémisphère boréal qu’est situé Hercule.

Les noms de corps célestes qui s’écrivent habituellement sans générique explicite peuvent occasionnellement être précédés de ce générique. Dans le cas des constellations, on intercale généralement la préposition de ou d’ :

Jupiter ou la planète Jupiter
Sirius ou l’étoile Sirius
Hercule ou la constellation d’Hercule

Les noms propres de constellations qui proviennent de noms communs prennent aussi la majuscule et sont précédés de l’article défini :

la Balance ou la constellation de la Balance
le Cygne ou la constellation du Cygne
les Poissons ou la constellation des Poissons

Parenthèse astrologique : quand le nom d’une constellation du zodiaque est employé pour désigner une personne née sous le signe astrologique homonyme, il est recommandé de conserver la majuscule de ce nom, de le laisser invariable et d’accorder l’éventuel déterminant avec le nom du signe plutôt qu’avec celui de la personne :

Il est (une) Balance.
Elle est (un) Bélier.
Il est Poissons.
Elle est Gémeaux.
Il y a trois Taureau dans ma famille.
Ils sont Vierge tous les deux.

L’éventuel adjectif qui précède le nom d’une constellation prend la majuscule. Un adjectif ou un nom commun qui suit le nom principal garde la minuscule :

la Grande Ourse
la Couronne boréale
les Chiens de chasse

C’est la même règle (nom commun avec majuscule suivi d’un adjectif avec minuscule) qui s’applique pour le nom de notre galaxie, la Voie lactée, dont la désignation poétique vient de l’aspect qu’elle prend pour nous qui la voyons de l’intérieur : une bande diffuse blanchâtre qui traverse tout le ciel nocturne. Comme il s’agit d’une galaxie (nom générique de ce type d’objet), la Voie lactée est parfois simplement appelée la Galaxie, sans élément spécifique, mais en contrepartie dotée d’un G majuscule qui l’individualise et indique qu’il est alors question de « notre » galaxie. Les exemples suivants sont synonymes :

Notre galaxie fait 100 000 années-lumière de diamètre.
La Galaxie fait 100 000 années-lumière de diamètre.
La Voie lactée fait 100 000 années-lumière de diamètre.

Certains noms propres d’astres sont formés de la combinaison d’un nom générique (étoile, comète, etc.) et d’un élément spécifique (adjectif, nom). Comme c’est le cas pour d’autres types de noms propres (toponymes comme la mer Morte ou le golfe du Lion), l’élément générique conserve la minuscule et on met la majuscule à l’élément spécifique, même s’il s’agit d’un adjectif :

l’étoile Polaire
l’étoile de Barnard
la comète de Halley
la nébuleuse Trifide (adjectif signifiant « fendu en trois »)
la nébuleuse du Crabe
la galaxie d’Andromède

On retrouve là l’étoile Polaire de la question de départ. Cette graphie est donc celle que nous recommandons lorsque l’expression désigne une étoile bien spécifique, c’est-à-dire celle qui est la plus brillante de la constellation de la Petite Ourse et qui se trouve depuis quelques siècles dans le voisinage immédiat du pôle Nord céleste, ce qui lui a valu son nom. L’étoile Polaire est parfois appelée elliptiquement la Polaire.

Il faut ajouter que les astronomes utilisent parfois la locution étoile polaire (tout en minuscules) pour désigner génériquement toute étoile relativement brillante qui se trouve dans le voisinage d’un pôle céleste à un moment donné du cycle multimillénaire de la précession des équinoxes. Cet emploi est moins fréquent, mais en voici une illustration :

C’est Véga qui tiendra lieu d’étoile polaire boréale dans environ 12 000 ans.

L’expression étoile polaire est parfois aussi utilisée métaphoriquement au sens de « point de repère, guide, référence ». Dans ce sens figuré, la minuscule est justifiée :

Tu es l’étoile polaire qui m’a guidé dans l’obscurité.

Voici, en complément, des remarques sur certains noms pouvant présenter des difficultés quant à l’emploi ou non de la majuscule.

Soleil, Système solaire

Pour ce qui est de notre étoile, quand elle est considérée comme telle, notamment dans les ouvrages d’astronomie, on écrit généralement le nom avec une majuscule et on le fait précéder de l’article défini :

Le Soleil appartient à la catégorie des naines jaunes.
Le Soleil est composé d’hydrogène et d’hélium.
Mercure est la planète la plus rapprochée du Soleil.

Dans la langue courante, le nom de l’astre du jour tel que les Terriens le perçoivent s’écrit avec une minuscule :

Le soleil est voilé par les nuages.
Voilà un coucher de soleil digne d’une carte postale.
Un soleil rougeoyant embrase l’horizon.

Le mot soleil est parfois utilisé par analogie dans le sens générique de « toute étoile comparable au Soleil », spécialement « toute étoile dotée d’un système planétaire ». Dans ce sens, le mot prend la minuscule et la marque du pluriel :

Notre galaxie compte une multitude de soleils.

Le système planétaire du Soleil est appelé système solaire. On peut écrire cette locution avec une majuscule (le Système solaire) puisqu’il s’agit du nom d’un système planétaire particulier, ellipse de système planétaire solaire. De plus, suivant une extension de sens semblable à celle qui est en œuvre pour le mot soleil, l’expression système solaire est parfois utilisée par analogie comme synonyme de système planétaire. Dans ce sens, la locution prend la minuscule et la marque du pluriel :

Notre galaxie compte une multitude de systèmes solaires.

Lune

L’emploi de la majuscule pour Lune suit des conventions similaires au cas de Soleil. On écrit la Lune, avec majuscule et article défini, quand le satellite naturel de la Terre est considéré du point de vue scientifique, notamment dans les ouvrages d’astronomie :

La Lune est criblée de cratères.
L’orbite de la Lune est légèrement elliptique.
Les missions Apollo ont exploré la Lune.

Dans la langue courante, le nom de l’astre de la nuit tel que les Terriens le perçoivent s’écrit avec une minuscule :

La lune se devine derrière les nuages.
Un beau clair de lune illumine le paysage.
Un croissant de lune veille sur la mer.

L’usage est flottant pour certaines expressions où la majuscule et la minuscule peuvent toutes deux se justifier. Voici les graphies à privilégier pour certains de ces cas :

Une éclipse de Lune, de Soleil.
Les phases de la Lune.
La nouvelle lune.
La pleine lune.

Le nom lune est parfois employé par analogie comme terme générique synonyme de satellite (naturel). Il prend alors la minuscule et la marque du pluriel :

Les quatre principales lunes de Jupiter sont Io, Europe, Ganymède et Callisto.

Mentionnons que les quatre lunes citées dans l’exemple sont parfois désignées par le terme lunes galiléennes, du nom de leur découvreur, l’astronome Galilée.

Terre

Le cas du nom Terre s’apparente à celui de Soleil et de Lune. Ce nom prend la majuscule et l’article défini quand il est question de la planète envisagée comme telle :

La distance de la Terre au Soleil est de 150 millions de kilomètres.
La Terre est une sphère légèrement aplatie aux pôles.
La Lune subit l’attraction de la Terre.

Dans ses nombreux autres sens (« la surface de la planète », « le milieu où vivent les humains », etc.), le mot terre prend généralement la minuscule :

Il a sillonné la terre entière.
Un tremblement de terre a dévasté la ville.
C’est une fille qui a les pieds sur terre.

Univers, Cosmos

Pour terminer, prenons un peu de recul et plaçons-nous à l’échelle du « Grand Tout ». On met généralement la majuscule au mot Univers quand on l’emploie au sens d’« ensemble de la matière répandue dans l’espace et dans le temps ». On fait parfois de même pour le mot Cosmos utilisé dans le même sens :

La cosmologie étudie la structure et l’évolution de l’Univers.
Les observations indiquent que l’Univers est en expansion.
Notre conception du Cosmos a évolué au fil des siècles.

Dans leurs autres acceptions (univers au sens de « l’ensemble des hommes » ou de « domaine organisé » ; cosmos au sens d’« espace intersidéral », etc.), ces mots prennent la minuscule :

C’est un prince admiré de tout l’univers.
Découvrez l’univers de l’origami.
La sonde a quitté la Terre pour s’enfoncer dans le cosmos.

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